jeudi 30 décembre 2010

Le renard et l'enfant

Un joli film, de Luc Jacquet, sorti au cinéma fin 2007. Sera apprécié des amateurs de nature, de faune sauvage et de promenades solitaires en moyenne montagne. Les autres trouveront cela un peu long mais, s'il y a bien une raison de voir ce film en entier, c'est pour deux scènes absolument stupéfiantes.

D'abord quelques mots sur le film. Prenez un documentaire animalier sur "les habitants de nos forêts", ajoutez une petite fille au milieu de l'écran et laissez une voix off vous raconter là-dessus une histoire d'amitié entre un renard et la fillette. Voilà à peu près le contenu du film. Comme toutes les fables, celle-ci est truffée d'incohérences, d'exagérations et d'événements exceptionnels mais l'on ne s'arrêtera pas à ce manque de réalisme.

Le renard est la vedette. Représenté à l'écran par plusieurs individus différents selon les scènes (ça se voit) et incarné, pour les scènes de pure comédie, par Titus, renard dressé, vétéran de 11 ans qui ne survivra que quelques mois à la sortie du film.

Personnage secondaire mais qui crève l'écran, une fillette de 11 ans (elle-aussi), forcément rousse (et oui, il faut bien un point commun avec le renard). Une frimousse absolument craquante. Incarnée par une certaine Bertille que l'on reverra certainement si ses parents lui laissent poursuivre dans la carrière cinématographique (un peu comme Brigitte Fossey révélée dans Jeux interdits ou Drew Barrymore dans E.T. l'extraterrestre).

Deux scènes stupéfiantes, donc. L'une est la poursuite du renard par un lynx au milieu de la forêt enneigée. Cette scène a ceci d'extraordinaire que, contrairement aux désormais classiques scènes de chasse à l'antilope par un lion ou un guépard qui figurent dans tout bon documentaire animalier sur la steppe africaine, celle-ci se déroule largement en zone boisée, le renard slalomant entre les arbustes et les racines couverts de neige tandis que la caméra suit le mouvement dans un travelling latéral. Comment fait-on pour faire courir un renard en quasi ligne droite au milieu des arbres alors qu'il tente d'échapper tant bien que mal aux griffes acérées d'un lynx dont l'agressivité est plus vraie que nature ? Mystère.
La seconde est là-aussi une prouesse de cinéma. Le renard, pris de panique à l'idée de se trouver enfermé dans la chambre de la petite fille, finit par grimper sur un meuble et, de là, à sauter à travers l'oeil-de-boeuf qui seul apporte la lumière du dehors. Comment fait-on pour faire sauter un renard à travers une vitre fermée depuis laquelle il lui est impossible de voir où il va atterrir ? Mystère.

Chapeau bas ! donc, aux réalisateurs de ce film.

Et qui a dit que jouer la comédie était l'apanage des seuls êtres humains ?

samedi 25 décembre 2010

Noël

Plus grande fête chrétienne de l'année ?

Jour de visite rituelle à la famille ?

Sommet d'extravagance de la société de consommation ?

Parenthèse bienveillante dans le cœur des hommes ?

Un jour de plus sur le calendrier ?

vendredi 24 décembre 2010

Le chômage

Fléau de nos sociétés modernes, le chômage est un mal nécessaire, disent les économistes. Ces derniers parlent même de "chômage d'équilibre" et expliquent que, sur un sentier de croissance équilibré de l'économie française, il ne peut en être autrement que de constater un déséquilibre entre l'offre et la demande de travail. Bref, on ne peut rien y faire et, forts de cette caution scientifique, nos politiques semblent avoir abandonné le combat (sauf lorsqu'il concerne directement leur propre fief électoral : un chômeur de plus chez le voisin, ce n'est pas grave, mais un chômeur-électeur de plus chez soi, c'est la fin du monde !).

Avant la crise économique de 2008-2009, le taux de chômage en France était de 7%. Malgré un retour des créations d'emploi en 2010, il s'établit désormais à 9% de la population active (source : France Inter), ce qui signifie que l'économie française a continué à détruire plus d'emplois qu'elle n'en créait. Derrière le constat statistique et l'explication "mécanique" (équilibre offre/demande de travail), se jouent des drames humains et familiaux que notre système de protection sociale peine à résoudre. Être chômeur, même si c'est un mal naturel aux yeux des économistes (bof, c'est tombé sur vous mais, sinon, ç'aurait été quelqu'un d'autre), reste un drame personnel : comment comprendre que l'on est devenu inutile à la collectivité ?

Mauvaise nouvelle, d'aucuns parient sur le fait que le taux de chômage ne retombera pas à 7% dans les années à venir. Trois raisons à cela :
- la crise économique a forcé les entreprises à encaisser le choc en se restructurant (traduction : celles qui ont survécu ont gagné en productivité) de sorte que l'économie française est désormais capable de produire autant avec moins de salariés ;
- la concurrence internationale (produire ailleurs avec des salariés moins chers) n'est pas près de diminuer : tandis que les actuels pays émergents vont concurrencer l'économie française sur des secteurs à valeur ajoutée de plus en plus haute , les pays émergents de demain continueront d'exploiter le segment des produits manufacturés à bas coût salariaux ;
- le vieillissement de la population française entraîne une diminution de la population en âge de travailler, de sorte que, à nombre de chômeurs identique, le taux de chômage sera mathématiquement plus élevé (ah ? c'est donc pour cela qu'ils ont repoussé l'âge de la retraite ?).

Quelles solutions avons-nous ? Je ne sais pas et je me garderais bien de conseiller quoi que ce soit aux économistes de Bercy. On peut toutefois observer plusieurs choses :
- Contrairement au Moyen-Age, on sait maintenant (au moins dans les sociétés dites "avancées") satisfaire l'ensemble des besoins de la population sans faire travailler tout le monde. Peut-on organiser le chômage comme un tour de vacance sociale, d'oisiveté choisie, de contribution à la vie collective non plus sous forme de force de travail ou d'intellect mais sous forme d'affect (création artistique, vie associative, etc.) ?
- Le déficit d'emplois en France serait moins grand si l'on importait moins. Certes, mais faut-il contraindre artificiellement nos importations à baisser ? Est-on prêt à payer plus cher pour la même chose faite sur le territoire national ? Est-on prêt à priver les pays en voie de développement des flux économiques que l'on déverse chaque année sur eux (et dont on espère que, malgré tous les dictateurs et mafieux locaux, une fraction bénéficie quand même à la population) ? Est-on prêt à jouer seul, sans les autres pays, et à se soustraire aux règles de l'OMC et de l'UE en matière de libre échange ? (ah, que n'a-t-on mis en place une taxe carbone européenne !)
- Augmenter l'offre de travail signifie produire plus et vendre plus (présupposé : dans un système ouvert et concurrentiel qui nous empêche de faire régresser la productivité comme aux plus grandes heures du communisme). Est-on capable de vendre plus à la population française (au vu de son pouvoir d'achat et au vu de notre capacité d'innovation pour créer de nouveaux biens et services) ? Est-on capable de vendre plus aux autres pays (au vu de notre coût élevé du travail) ?


Beaucoup de questions, peu de réponses.

Le communisme s'est effondré. Le capitalisme ne perdure que par une fuite en avant (innover toujours, pour vendre toujours plus). Y a-t-il un système qui ne va pas dans le mur ?

jeudi 23 décembre 2010

Impressions

Noël oblige, parfumeurs et autres vendeurs de luxe figurent en bonne place parmi les annonceurs qui trustent les "intermèdes à caractère promotionnel" de notre petit écran. Avez-vous remarqué cette publicité télévisée pour le dernier parfum de Givenchy, "Very Irresistible" ?

Loin de moi l'idée de faire une quelconque promotion à cet article du raffinement mondain, qui, aux dires de certains internautes, ne serait d'ailleurs pas à la hauteur de son nom. Si j'attire votre attention sur ledit spot publicitaire, c'est pour deux raisons : 1- la robe du personnage féminin (incarné par une certaine Liv Tyler ; oui, il me semblait bien avoir déjà vu ce visage quelque part...), et 2- l'atmosphère qui se dégage du film.

La robe est une robe du soir ajustée, noire, longue jusqu'aux chevilles, épaules couvertes, et d'une simplicité presque austère si n'était ce dos nu intégral. Pour les y-ceux qui connaîtraient leurs classiques cinématographiques mieux que moi, on trouve à peu près la même robe (pourquoi mon cerveau veut-il absolument qu'elle soit blanche ? non, elle est bien noire aussi, cette robe) portée par Mireille Darc dans Le grand blond avec une chaussure noire. Ce vêtement a ceci de surprenant qu'il exprime au plus haut point toute l'ambiguïté de la nature humaine (certains diraient la duplicité féminine mais ne cherchons pas ici à provoquer le deuxième sexe). De devant, l'image de l'élégance sobre et pudibonde ; de derrière, la sensualité charnelle poussée jusqu'à l'indécence de découvrir l'amorce du sillon fessier (enfin, pour Liv Tyler, je n'ai pas bien vu mais, pour Mireille Darc, il n'y a aucun doute). A quoi donc tient la séduction d'un vêtement ?

L'atmosphère, elle, a ceci de remarquable que, bien que ne réunissant aucun des éléments qui font selon moi la signature d'Audrey Hepburn, elle en évoque inconsciemment l'idée. C'est d'ailleurs l'objectif même de ce parfum qui, si l'on en croit le site internet de Givenchy, veut "rendre hommage à cette union magique entre la couture et le cinéma", née "d'une rencontre inoubliable entre Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn" (je ne mets pas de lien internet - on a déjà fait assez de pub comme cela - vous êtes bien assez grand pour le trouver tout seul si cela vous intéresse). Comment donc un réalisateur de spot publicitaire s'y prend-il pour faire passer une impression qui n'est pas fixée explicitement sur la pellicule ?

Je n'ose croire à l'existence d'images subliminales dans ce spot de pub...