Longtemps, l'homme occidental a vécu dans sa suffisance. Il dominait le monde et pensait tout savoir mieux que les autres peuples. Il l'a colonisé de gré ou de force, croyant parfois y apporter les lumières de sa soi-disant grandeur.
La décolonisation fut douloureuse pour tous, colonisateurs et colonisés - on ne retire pas une écharde incarnée sans rouvrir une plaie. Puis, la décolonisation s'est muée en coopération, forme de colonisation économique rampante par laquelle l'homme occidental gardait la tutelle sur des peuples adolescents.
Las, comme les parents qui voient sans comprendre les soubresauts d'une crise d'adolescence, l'homme occidental a regardé sans comprendre les soubresauts de ces pays "en développement". Les soubresauts sont passagers, pensent les parents, tout rentrera dans l'ordre une fois atteint l'âge adulte. Mais quand l'âge adulte vient, force est de constater que l'adolescent n'a pas suivi le chemin de ses parents, qu'il a bifurqué et assume désormais pleinement sa maturité.
Il serait temps que l'homme occidental comprenne que les pays en développement ont désormais atteint l'âge adulte et qu'il n'y peut mais. Si le développement économique n'est pas toujours au rendez-vous - mais la taille des adultes ne varie-t-elle jamais ? - le développement psychologique est achevé. En trois générations, ces peuples autrefois colonisés ont atteint l'âge de raison.
Regardez l'Asie : là-bas, personne ne regarde plus l'homme occidental comme modèle. Ils ne nous ont pas attendu. Ils avancent et tracent leur sillon tout seuls. L'Afrique turbulente suit à quelques longueurs derrière. L'homme occidental est désormais vieux en ce monde, mais pas sage pour autant. Viendront-ils à nos obsèques ?
vendredi 25 mai 2012
Théorie pour sociologues
On a eu la société de l'esclavage, où le travail était devoir et où l'homme enchaînait l'homme pour lui faire faire ses moindres caprices.
Puis, l'homme s'est libéré de son joug et a érigé le travail en promesse de liberté. Ce fut la société du travail, autre forme d'esclavagisme, moins brutale mais plus inhumaine en ce qu'elle enchaînait l'homme au capital.
Les gains de productivité ont ensuite appris à l'homme occidental que le travail n'était plus un droit mais une chance. La chance de subvenir aux besoins de sa famille par sa seule force de travail. Ce fut la découverte du chômage de masse et, par la même occasion, la ségrégation d'une frange de la population, celle des inutiles condamnés à l'oisiveté faute de trouver un travail dans la société.
On nous a alors vendu la théorie d'une société du loisir. Puisqu'il y avait moins de travail que de gens pour travailler, il n'y avait qu'à partager le travail et partager le temps libre. Congés payés, RTT et compagnie ont ancré dans les esprits l'idée d'un droit à disposer de temps pour soi.
Mais pour se permettre des loisirs, il faut avoir de l'argent. Or, l'homme occidental n'a plus d'argent car plus de travail. Plus de travail, plus de loisirs : que faire ? Nos gouvernants prétendent que l'innovation est la clef de la croissance future. Il va donc falloir former plus, et plus longtemps, et mieux, toute la population. Après la société du travail, après la société du loisir, place à la société de l'éducation.
Le risque est qu'on cache sous le nom d'"étudiants" des gens qui sinon auraient été chômeurs. Les optimistes diront que passer son temps libre à étudier est au moins aussi bien qu'à pointer à l'ANPE. Les pessimistes feront remarquer que l'éducation coûte et qu'on n'a toujours pas d'argent. Misère !
Heureusement que les sociologues sont là pour mettre des mots sur nos maux : l'homme s'apaise quand on lui raconte des histoires... (jusqu'à ce qu'il s'en rende compte !)
Puis, l'homme s'est libéré de son joug et a érigé le travail en promesse de liberté. Ce fut la société du travail, autre forme d'esclavagisme, moins brutale mais plus inhumaine en ce qu'elle enchaînait l'homme au capital.
Les gains de productivité ont ensuite appris à l'homme occidental que le travail n'était plus un droit mais une chance. La chance de subvenir aux besoins de sa famille par sa seule force de travail. Ce fut la découverte du chômage de masse et, par la même occasion, la ségrégation d'une frange de la population, celle des inutiles condamnés à l'oisiveté faute de trouver un travail dans la société.
On nous a alors vendu la théorie d'une société du loisir. Puisqu'il y avait moins de travail que de gens pour travailler, il n'y avait qu'à partager le travail et partager le temps libre. Congés payés, RTT et compagnie ont ancré dans les esprits l'idée d'un droit à disposer de temps pour soi.
Mais pour se permettre des loisirs, il faut avoir de l'argent. Or, l'homme occidental n'a plus d'argent car plus de travail. Plus de travail, plus de loisirs : que faire ? Nos gouvernants prétendent que l'innovation est la clef de la croissance future. Il va donc falloir former plus, et plus longtemps, et mieux, toute la population. Après la société du travail, après la société du loisir, place à la société de l'éducation.
Le risque est qu'on cache sous le nom d'"étudiants" des gens qui sinon auraient été chômeurs. Les optimistes diront que passer son temps libre à étudier est au moins aussi bien qu'à pointer à l'ANPE. Les pessimistes feront remarquer que l'éducation coûte et qu'on n'a toujours pas d'argent. Misère !
Heureusement que les sociologues sont là pour mettre des mots sur nos maux : l'homme s'apaise quand on lui raconte des histoires... (jusqu'à ce qu'il s'en rende compte !)
dimanche 13 mai 2012
Economie politique du gâteau au chocolat (1)
Les Français fabriquent tous les ans un gâteau chocolat (i.e. le PIB).
Supposons qu'il y a 10 Français et que le gâteau doit être partagé entre ces 10 personnes. Toutes n'ont pas participé de la même manière ou avec autant d'implication dans la préparation du gâteau et ne reçoivent donc pas la même part.
- Le chef cuistot, qui n'a rien fichu d'autre que donner les directives et superviser les opérations, prend deux parts de gâteau - sinon à quoi servirait d'être chef ?
- Les sept aides cuistots qui ont mélangé les œufs, la farine, le sucre, le chocolat etc. reçoivent chacun une part du gâteau auquel ils ont contribué.
- Reste alors (10 -2 -7 = 1) une part que doivent se partager les deux derniers français qui, soit qu'ils ne sont pas de bons aides cuistot, soit qu'ils sont handicapés, trop vieux, flemmards ou que-sais-je-encore et ne peuvent pas faire autant que les autres, n'ont pas pris part à la fabrication du gâteau mais reçoivent tout de même quelque chose - parce que, bon, on n'est pas des rats tout de même, surtout avec une devise contenant le mot "fraternité".
Au final, le "riche" reçoit deux fois plus de gâteau que la "classe moyenne" qui a trimé et qui, elle-même, reçoit deux fois plus de gâteau que les "pauvres" vivant de la solidarité. "Scandale !", diront les gens de gauche, "Normal !" diront les gens de droite.
Que faire pour mettre plus d'égalité dans le partage du gâteau de l'année suivante ? (question que doit se poser actuellement notre président fraichement élu, François Hollande)
Option la plus simple : piquer une part de gâteau au riche pour la donner aux pauvres. Ainsi, tous recevront une et une seule part de gâteau, témoignant de la parfaite égalité entre tous les Français (deuxième principe de notre chère devise). L'ennui de cette option - outre que certains la considèreront comme de la spoliation pure et simple - est qu'elle ne tient pas compte de la réaction individuelle de chacune des 10 personnes qui, après tout, sont parfaitement libres d'agir comme bon leur semble (premier principe de notre chère devise).
- Sachant qu'il ne recevra qu'une part de gâteau, le "riche" ne voudra plus être chef cuistot ou continuera à l'être mais fera moins bien son job de chef. La qualité du gâteau pourrait s'en ressentir.
- Sachant que ceux qui ne participent pas au gâteau reçoivent quand même une part, les personnes de la "classe moyenne" préfèreront, pour certaines, se tourner les pouces et vivre de la solidarité. La quantité de gâteau disponible pourrait s'en ressentir.
Au final, on n'aura pas 10 parts de gâteau à distribuer mais peut-être seulement 8 et de moins bonne qualité que l'année d'avant. Cela s'appelle le communisme, idée généreuse en théorie mais viscéralement minée par l'égoïsme de la nature humaine.
Deuxième option : ne pas toucher aux avantages acquis mais faire croître le gâteau et opérer une redistribution plus équitable des parts supplémentaires. Sous réserve que chacun reçoivent les bonnes incitations à travailler mieux et/ou plus (le chef cuistot à mieux optimiser la recette, les aides cuistots à travailler plus longtemps, et les laissés-de-côté à prendre part à la réalisation du gâteau), on peut espérer avoir 12 parts de gâteau à distribuer, soit deux de plus qu'avant.
- Pour créer l'incitation à faire plus et mieux, il faut promettre à chacun qu'il recevra une quantité de gâteau plus grande qu'avant : il faut donc quand même donner au "riche" une fraction des deux parts supplémentaires.
- Pour améliorer l'égalité, il faut par ailleurs donner proportionnellement plus à ceux qui ont moins, donc au lieu de découper les deux parts supplémentaires en 20%-70%-10%, on peut imaginer les découper en 10%-70%-20% par exemple. Un tel découpage conduirait à donner 2,2 parts au "riche", 1,2 part à chaque personne de la "classe moyenne" et 0,7 part à chacun des deux "pauvres".
Nombre d'autres découpages du surplus produit sont possibles mais ils ne réduisent pas intégralement les inégalités de richesse. Cela s'appelle le libéralisme, idée machiavélique consistant à utiliser l'égoïsme de la nature humaine comme moteur de la création de richesse. Ce modèle n'a pas vocation à réduire les inégalités de richesse - sinon les incitations à faire plus disparaissent et l'on se retrouve dans la première option. Il a même vocation à les accroître naturellement, sauf si le Gouvernement régule correctement les choses pour redistribuer un minimum avec équité.
Cette deuxième option est pourtant tout aussi vouée à l'échec que la première, en raison du principe d'utilité marginale décroissante que suivent tous les individus. Plus le "riche" est riche, plus il réclame de gâteau supplémentaire pour continuer à faire des efforts : quand on gagne déjà deux parts de gâteau, pourquoi s'échiner plus si c'est pour gagner une miette de gâteau en plus (de toute façon, on n'a plus très faim) ? L'arbitrage entre maintenir l'incitation à produire plus et redistribuer avec plus d'égalité devient ainsi chaque année plus difficile à trouver. A terme, il devient quasi impossible et, faute d'incitations suffisantes diront les uns ou à cause d'une redistribution trop grande diront les autres, la croissance du gâteau stagne.
Conclusions :
- dans un état de droit, la redistribution des richesses nécessite la croissance économique ;
- compte tenu des travers de la nature humaine, les inégalités de richesse sont essentielles à la poursuite de la croissance économique (on pourrait même avancer que, plus les inégalités sont fortes, plus la croissance est grande, si l'on compare les USA ou l'Allemagne à la situation française) ;
- trop de redistribution nuit à la croissance et, in fine, à la redistribution ;
- asymptotiquement, la croissance stagne et la redistribution tend à égaliser les niveaux individuels de richesse (objectif ultime du communisme).
Le cercle est vicieux et le chemin de la bonne gouvernance est étroit. Parfois, une bonne révolution vaut mieux que tout cela pour remettre les compteurs à zéro. Faut-il pour autant la souhaiter ?
Supposons qu'il y a 10 Français et que le gâteau doit être partagé entre ces 10 personnes. Toutes n'ont pas participé de la même manière ou avec autant d'implication dans la préparation du gâteau et ne reçoivent donc pas la même part.
- Le chef cuistot, qui n'a rien fichu d'autre que donner les directives et superviser les opérations, prend deux parts de gâteau - sinon à quoi servirait d'être chef ?
- Les sept aides cuistots qui ont mélangé les œufs, la farine, le sucre, le chocolat etc. reçoivent chacun une part du gâteau auquel ils ont contribué.
- Reste alors (10 -2 -7 = 1) une part que doivent se partager les deux derniers français qui, soit qu'ils ne sont pas de bons aides cuistot, soit qu'ils sont handicapés, trop vieux, flemmards ou que-sais-je-encore et ne peuvent pas faire autant que les autres, n'ont pas pris part à la fabrication du gâteau mais reçoivent tout de même quelque chose - parce que, bon, on n'est pas des rats tout de même, surtout avec une devise contenant le mot "fraternité".
Au final, le "riche" reçoit deux fois plus de gâteau que la "classe moyenne" qui a trimé et qui, elle-même, reçoit deux fois plus de gâteau que les "pauvres" vivant de la solidarité. "Scandale !", diront les gens de gauche, "Normal !" diront les gens de droite.
Que faire pour mettre plus d'égalité dans le partage du gâteau de l'année suivante ? (question que doit se poser actuellement notre président fraichement élu, François Hollande)
Option la plus simple : piquer une part de gâteau au riche pour la donner aux pauvres. Ainsi, tous recevront une et une seule part de gâteau, témoignant de la parfaite égalité entre tous les Français (deuxième principe de notre chère devise). L'ennui de cette option - outre que certains la considèreront comme de la spoliation pure et simple - est qu'elle ne tient pas compte de la réaction individuelle de chacune des 10 personnes qui, après tout, sont parfaitement libres d'agir comme bon leur semble (premier principe de notre chère devise).
- Sachant qu'il ne recevra qu'une part de gâteau, le "riche" ne voudra plus être chef cuistot ou continuera à l'être mais fera moins bien son job de chef. La qualité du gâteau pourrait s'en ressentir.
- Sachant que ceux qui ne participent pas au gâteau reçoivent quand même une part, les personnes de la "classe moyenne" préfèreront, pour certaines, se tourner les pouces et vivre de la solidarité. La quantité de gâteau disponible pourrait s'en ressentir.
Au final, on n'aura pas 10 parts de gâteau à distribuer mais peut-être seulement 8 et de moins bonne qualité que l'année d'avant. Cela s'appelle le communisme, idée généreuse en théorie mais viscéralement minée par l'égoïsme de la nature humaine.
Deuxième option : ne pas toucher aux avantages acquis mais faire croître le gâteau et opérer une redistribution plus équitable des parts supplémentaires. Sous réserve que chacun reçoivent les bonnes incitations à travailler mieux et/ou plus (le chef cuistot à mieux optimiser la recette, les aides cuistots à travailler plus longtemps, et les laissés-de-côté à prendre part à la réalisation du gâteau), on peut espérer avoir 12 parts de gâteau à distribuer, soit deux de plus qu'avant.
- Pour créer l'incitation à faire plus et mieux, il faut promettre à chacun qu'il recevra une quantité de gâteau plus grande qu'avant : il faut donc quand même donner au "riche" une fraction des deux parts supplémentaires.
- Pour améliorer l'égalité, il faut par ailleurs donner proportionnellement plus à ceux qui ont moins, donc au lieu de découper les deux parts supplémentaires en 20%-70%-10%, on peut imaginer les découper en 10%-70%-20% par exemple. Un tel découpage conduirait à donner 2,2 parts au "riche", 1,2 part à chaque personne de la "classe moyenne" et 0,7 part à chacun des deux "pauvres".
Nombre d'autres découpages du surplus produit sont possibles mais ils ne réduisent pas intégralement les inégalités de richesse. Cela s'appelle le libéralisme, idée machiavélique consistant à utiliser l'égoïsme de la nature humaine comme moteur de la création de richesse. Ce modèle n'a pas vocation à réduire les inégalités de richesse - sinon les incitations à faire plus disparaissent et l'on se retrouve dans la première option. Il a même vocation à les accroître naturellement, sauf si le Gouvernement régule correctement les choses pour redistribuer un minimum avec équité.
Cette deuxième option est pourtant tout aussi vouée à l'échec que la première, en raison du principe d'utilité marginale décroissante que suivent tous les individus. Plus le "riche" est riche, plus il réclame de gâteau supplémentaire pour continuer à faire des efforts : quand on gagne déjà deux parts de gâteau, pourquoi s'échiner plus si c'est pour gagner une miette de gâteau en plus (de toute façon, on n'a plus très faim) ? L'arbitrage entre maintenir l'incitation à produire plus et redistribuer avec plus d'égalité devient ainsi chaque année plus difficile à trouver. A terme, il devient quasi impossible et, faute d'incitations suffisantes diront les uns ou à cause d'une redistribution trop grande diront les autres, la croissance du gâteau stagne.
Conclusions :
- dans un état de droit, la redistribution des richesses nécessite la croissance économique ;
- compte tenu des travers de la nature humaine, les inégalités de richesse sont essentielles à la poursuite de la croissance économique (on pourrait même avancer que, plus les inégalités sont fortes, plus la croissance est grande, si l'on compare les USA ou l'Allemagne à la situation française) ;
- trop de redistribution nuit à la croissance et, in fine, à la redistribution ;
- asymptotiquement, la croissance stagne et la redistribution tend à égaliser les niveaux individuels de richesse (objectif ultime du communisme).
Le cercle est vicieux et le chemin de la bonne gouvernance est étroit. Parfois, une bonne révolution vaut mieux que tout cela pour remettre les compteurs à zéro. Faut-il pour autant la souhaiter ?
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