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vendredi 14 février 2014

La coiffeuse

Petit clin d’œil à Sylvie, un peu stressée mais efficace, qui bosse dans un salon de coiffure du boulevard Saint-Germain. Sur la devanture, il est écrit "masculin". A l'intérieur, ambiance années 1970 avec la musique de FIP (tiens ! comme chez le dentiste ce matin). La clientèle est mixte : vieilles dames du quartier et fils de famille bourgeoise (là je me dis que ça va coûter un bras) ou jeunes hommes pas encore stabilisés dans la vie (en fait, non). Dans l'espace d'attente, trois fauteuils et deux halogènes très design (modernes et classes), ainsi qu'une étagère d'angle accueillant une belle collection de BD (pas eu le temps de terminer mon Léonard !).

L'équipe est un trio : une shampooineuse (la cinquantaine bien tassée - on est loin de la jeune apprentie timide qui fait ses classes), monsieur Joël (seigneur des lieux, qui n'a pas l'air de se presser, ni entre les rendez-vous, ni quand il manie le ciseau) et Sylvie (la femme de monsieur ? sa compagne ? une simple employée ?) qui semble faire tourner la boutique à elle-seule.

Sylvie a sans doute plus de cinquante ans mais la silhouette est encore svelte et dynamique. Une robe de travail sombre, robuste mais jolie, décorée un peu à la manière des tenues folkloriques d'Europe de l'est, s'arrête sous le genou et dévoile des bottines noires à boucle. Une coupe à la Anna Wintour, châtain décoloré vers le blond, et des lunettes sévères cachent un visage qui n'est pas laid. Elle a de l'expérience, et de la sensualité aussi.

Pourquoi, mais pourquoi, l'ombre d'un instant, l'idée traversa-t-elle mon esprit qu'elle ne devait plus compter les jeunes hommes qu'elle avait dépucelés ? En tout cas, je m'y serais bien laissé prendre...

samedi 4 janvier 2014

Annecy sud

Elle avait l’œil humide de la jeune femme qui croit encore au prince charmant. J'arrivais pas rasé, dépenaillé et fourbu par une journée de route. Elle m'avait vu venir de loin et s'était empressée de m'accueillir : les formalités d''usage, "le restaurant est ouvert de telle heure à telle heure", "voici votre carte", etc. exprimées avec beaucoup de courtoisie et ce léger vibrato dans la voix qui trahit un peu d'émotion.

Je l'écoutai sans écouter, cherchant où poser mon regard gêné. Sur ses yeux de biche, traversés par une étincelle dès qu'ils croisaient les miens ? Sur sa coiffure sobre et soignée de jolie brune ? Sur son chemisier d'uniforme, aux couleurs de la marque, sous lequel couvait une poitrine que j'imaginais agréable ? Sur le badge indiquant son nom : Agathe ? Elle me rappelait la secrétaire de Hugh Grant, lorsqu'il jouait le rôle de Premier ministre dans le film Love Actually (Martine McCutcheon).


D'un coup, je regrettai de n'avoir pas emporté une tenue de rechange plus habillée. Je regrettai aussi mon horrible timidité qui, sous prétexte de rester strictement dans les bornes du savoir-vivre, m'enjoignait de feindre l'indifférence. Ah, si seulement j'avais été un minimum entreprenant : "qu'y a-t-il à faire dans la région d'Annecy ?", "que me conseillez-vous en cas de mauvais temps ?", " à quelle heure terminez-vous votre service ?", "pourrais-je vous inviter au restaurant ?"

Hélas, je n'étais pas Premier ministre, je n'étais pas Hugh Grant, je n'étais pas le prince charmant. Elle était réceptionniste de l'hôtel et je n'étais que touriste de passage. Les histoires de "love at first sight" sont tout de suite moins glamour entre gens ordinaires.

mardi 31 décembre 2013

Requiem K626

Cela a beau être du Mozart, c'est chiantissime ! On sent la déprime d'avant la fin, les idées lugubres qui reprennent le dessus dès qu'un début de phrase un peu enjoué commence à s'élancer. On croirait y entendre du Bach par moments et du Schubert (qui a copié qui ?) mais en moins plaisant.

Cela étant, l'expérience fut des plus palpitantes, pour une toute autre raison.

Elle était venue avec ses parents, comme une bonne fille de famille, au concert du réveillon. Elle était brune. Elle avait froid. Des lunettes à monture noire, rectangulaires, et de longues mèches encadrant le visage trahissaient un manque d'assurance intérieure malgré ses dehors de jeune femme accomplie. Son dos engoncé dans un manteau de laine bleu anthracite semblait frissonner.

Ah, si j'avais osé... (dans un monde où la bienséance ne le dispute pas à l'interdit)

Passer les mains dans ses cheveux. Sentir chaque mèche glisser au creux des doigts, et tressaillir de plaisir à cette seule sensation. Redécouvrir ce nerf inconnu qui plonge au plus profond de l'intime, dans les souvenirs d'enfance et la pâte à modeler.

Souffler dans son cou une brise chaude, à la racine des cheveux, et la voir frémir au moment où cette étincelle pénètre l'épiderme par les millions de pores soudains ouverts. Observer l'ardente quiétude s'installer en elle et la tension des épaules disparaître.

Plus tard, seul à seul, m'approcher de son dos nu et lui caresser les épaules de mes mains brûlantes. Me coller contre sa peau et descendre les mains vers son ventre, paumes à plat, irradiant vers son intérieur encore avide de chaleur. Alors elle resserrerait les cuisses par réflexe, passerait sa main derrière ma nuque et tournerait la tête pour m'embrasser.



lundi 30 décembre 2013

1980 - extraits

Je t´emmènerais en voyage
Voir les plus beaux pays du monde.
J´ te ferais l´amour sur la plage
En savourant chaque seconde
Où mon corps engourdi s´enflamme
Jusqu´à s´endormir dans tes bras.

Je t´offrirais de beaux bijoux,
Des fleurs pour ton appartement,
Des parfums à vous rendre fou
Et, juste à côté de Milan,
Dans une ville qu´on appelle Bergame,
Je te ferais construire une villa.


Il faut dire que les temps ont changé.
De nos jours, c´est chacun pour soi.
Ces histoires d´amour démodées
N´arrivent qu´au cinéma.

C´est dommage, moi j´aurais bien aimé
Un peu plus d´humour et de tendresse.

Je t´appellerais tous les jours
Rien que pour entendre ta voix.
Je t´appellerais "mon amour",
Insisterais pour qu´on se voie
Et t´inventerais un programme
À l´allure d´un soir de gala.

Il faut dire que les temps ont changé.
De nos jours, c´est chacun pour soi.
Ces histoires d´amour démodées
N´arrivent qu´au cinéma.

C´est dommage, moi j´aurais bien aimé
Un peu plus d´humour et de tendresse.

samedi 12 octobre 2013

La chanson qui rend amoureux

Elle était venue manger avec deux amies à la cafétéria du centre commercial. Sa sortie de la semaine. C'était toujours pareil : elles allaient passer le repas à dire du mal de leur mec mais, elles au moins, elles avaient un mec. Quelqu'un avec qui partager le quotidien, quelqu'un avec qui les petits trucs de la vie prenaient une autre saveur : mordre dans le pain tout chaud au sortir de la boulangerie, remplir son cabas au marché du samedi matin, effrayer les pigeons paresseux pour qu'ils s'envolent et rire à gorge déployée devant la tête que ferait la voisine.

Elle était fatiguée de porter sa vie toute seule, fatiguée de faire des efforts "pour s'entretenir" comme disait sa mère. S'entretenir pour quoi, pour qui ? De toutes façons, elle finirait vieille fille. Elle avait fait la difficile quand l'occasion s'était présentée et, désormais, il était trop tard. Passé la trentaine, c'est fichu, tous les magazines le disent.

C'est alors qu'elle l'aperçut, cherchant une table où poser son plateau. Durant une fraction de seconde, même ses copines s'arrêtèrent de parler, cette fraction de seconde de trop qui montrait qu'elles aussi l'avaient remarqué. Il avait plutôt belle allure, le regard franc et la démarche nonchalante du baroudeur qui vient se reposer au coin du feu. Elle se serait volontiers blottie dans ses bras.

La radio entama une chanson lente et lancinante, qui lui rappela ses années où, midinette, elle courait les boums et rêvait qu'un garçon l'embrasse. D'un coup, son cœur fit un bond et des fourmillements lui vinrent au creux de l'estomac. Il vint droit vers elles, ou plutôt vers elle. Elle voulut rentrer sous terre. Pourquoi ne s'était-elle pas apprêtée un minimum avant de sortir ? Et ses cheveux ? Oh, ses cheveux ! Pourvu qu'il n'y prête pas attention.

-"Pardon mademoiselle, il me semble que vous avez laissé tomber votre sac." -"... Oui... merci !" balbutia-t-elle, toute penaude. Et il alla s'asseoir trois tables plus loin.

C'était raté, encore une fois. Mais cette fois, elle était heureuse car, durant une demi-seconde d'éternité, elle avait vu dans le regard de cet homme une lueur de désir, un feu ardent qui aurait présagé d'une nuit torride, n'avait-elle été si sage et si jalouse de ne pas se donner au premier venu.

Elle se promit d'aller sur Youtube rechercher cette chanson oubliée...



dimanche 29 septembre 2013

Le miel du Gâtinais

Si vous êtes parisiens, vous êtes probablement déjà passés sur l'autoroute A6, en remontant vers Paris, devant un panneau signalant la région du Gâtinais. Si vous êtes français ou amateur de miel, vous avez probablement déjà vu des pots de miel élevés dans le Gâtinais. Si vous n'êtes rien de tout cela, eh bien... tant pis, je continue.



Vous êtes-vous jamais demandé d'où vient le mot "Gâtinais" ? La réponse est sans doute sur Wikipedia mais il y a une autre explication. Le Gâtinais, cela commence comme gâter et se termine comme butiner. Ai-je l'esprit mal tourné à m'imaginer que le Gâtinais est une région où les hommes passent volontiers leur temps à lutiner les dames, par exemple en les gâtant de bijoux ?


Il reste à se demander comment on fabrique le miel éponyme...
(pardon à tous les habitants de cette belle région, si ce post les a froissés)

samedi 20 avril 2013

Interdite

Pourquoi ce genre de femmes nous sont-elles interdites, à nous, pauvres et obscurs sans nom ? Pourquoi tant de beauté réunie en une seule personne ?


Espérons pour Jamel Debbouze qu'elle est également belle jusqu'au fond du cœur.

mardi 1 janvier 2013

La pute de luxe et la jeune épouse désabusée

31 décembre 2012.
Cédant à l'agitation superficielle et convenue de cette soirée de nouvel an, je me trouvais donc dans le métro, un certain temps avant l'heure fatidique. Devant moi, une blonde, qui venait d'entrer dans la rame. Le genre platiné, voire décoloré à l'eau oxygénée. Peut-être était-ce une perruque. Sur les épaules de la blonde, un manteau de fausse fourrure, presque aussi claire que son attirail capillaire. Sous le manteau, deux bottes noires, en cuir fin, assez gracieuses.

Elle était grande, 1,75 m au moins, entre deux âges. On devinait la silhouette bien proportionnée, le mollet galbé, les mains fines et le nez droit. La trentaine bien conservée. Deux boucles d'oreille, façon pyramide, se balançaient aux accélérations de la rame de métro. Le visage lisse, aux traits redessinés par les crayons de maquillage, se tourna un instant vers moi, balayant du regard les voyageurs de la rame. Elle n'était pas laide.

Une fossette au coin de la bouche lui donnait vaguement une moue coquine. Le genre de pose travaillée, pour séduire son monde. Elle semblait détailler rapidement les voyageurs, pour voir s'il se trouvait une femme plus belle qu'elle ou s'il se trouvait un homme digne d'attention le temps du voyage. Un instant, nos regards se croisèrent et je me demandai soudain si elle voyageait avec quelqu'un. Il me fallut plusieurs minutes pour comprendre qu'elle connaissait le quinquagénaire mal fagoté qui se tenait devant elle, bien qu'elle semblât l'ignorer.

Qui était-elle ? Fille de son papounet, nouveau riche de l'est, en excursion à Paris ? Danseuse du Crazy Horse quittant ou rejoignant son lieu de travail, accompagné d'un collègue éclairagiste ? Touriste en mal de fiesta, rejoignant les Champs-Elysées ? Chacun se fera son idée...

23h12
Changement de ligne, changement de décor. Cette fois, c'est une brune, assise dans un carré, épaule contre la vitre. Elle regarde furtivement, mais avec une attention répétée, le couple antillais qui minaude devant elle. Une moue désappointée traverse son visage. Elle n'est pas spécialement jolie mais cette moue la rend belle. Oh, que je voudrais entamer la conversation !

A côté d'elle, un homme jeune en caban BCBG, les jambes étendues avec nonchalance. Il a la tête penchée sur un pavé colossal, genre Da Vinci Code en plus captivant. Il ignore complètement la jeune femme, profitant à fond de son temps de lecture, comme un cadre en vacances libéré de ses obligations sociales et mondaines. A voir les regards qu'elle lui porte de temps en temps, ce doit être son mari.

D'ailleurs, elle ne cesse de triturer son alliance, signe semble-t-il encore récent de son joug conjugal. Sont-ils heureux en couple ? Est-ce la vie dont elle avait rêvé ? Se rend-il parfois compte de son désarroi ? Au lieu d'aller faire la fête, ils sont visiblement sur le retour. Feront-ils l'amour en rentrant ? Ou se refusera-t-elle à lui, excédée par la soirée médiocre qu'elle vient de passer ?

Oui, ma chère, tu cherches du regard un réconfort, d'où qu'il vienne, pour t'assurer que ta vie est encore belle. Cela tombe bien : ce soir, j'ai mis les habits du super-héros, Terminator à l'extérieur, Superman à l'intérieur. Regarde-moi, rien qu'une fois, et je te rendrai cette œillade fugace mais indubitable qui te fera sentir désirable et désirée. Gratuitement, sans contrepartie, juste pour le plaisir de donner un peu de bonheur : ce soir, c'est la nouvelle année !

Mais voilà, elle n'a pas regardé. Sans doute tenue par le modèle de vertu auquel elle se croit encore soumise par le mariage. Penser à mal, est-ce déjà faire le mal ?



dimanche 25 novembre 2012

Pourquoi Lorie a perdu "Danse avec les stars"

Le public est capricieux. Il n'aime pas les vainqueurs donnés d'avance, les gens trop lisses ou ceux qui ont tout pour eux. Souvenez-vous d'un certain 21 avril 2002. Il n'aime pas les compétiteurs qui calculent, il n'aime pas ceux qui sont trop faciles, il n'aime pas les prestations sans âme. Il n'aime pas les scénarios écrits d'avance et il l'a fait savoir hier en demi-finale de la saison 3 de "Danse avec les stars", sur TF1.

Lorie a manqué de capital sympathie, face à un Taig Khris qui, bien que plus limité, donnait l'impression de se déchirer à chaque numéro de danse. Le public aime l'émotion. Il aime voir l'émotion allumer un visage - plus qu'il n'apprécie un joli minois. Il aime ressentir l'émotion qui transparaît dans l'effort - plus que l'étonnement face à trop de facilité. Il aime qu'on lui fasse des confidences personnelles - même si c'est devant plusieurs millions de téléspectateurs. Il aime qu'on parle vrai - même si trop de sincérité le choque bien souvent.

Bref, Lorie a perdu parce qu'elle n'a pas montré assez d'elle-même - de sa personnalité intérieure s'entend, parce que son corps, elle l'a plutôt largement exposé. Elle a perdu car, au-delà de la starlette stéréotypée, elle n'a pas su montrer un caractère bien trempé comme Amel Bent, une fragilité intérieure comme Emmanuel Moire, ou tout simplement qu'elle avait la gnaque comme Taig Khris.

Il en faudra encore des échecs. Il lui en faudra encore des difficultés à traverser pour qu'elle acquière cette expérience de la vie, ce petit plus qui fait le sel du héros qui fascine.

Au-delà, on cherchera encore des explications, mais c'est secondaire. Son partenaire de danse, Christian, était-il à la hauteur ou trop lisse lui aussi ? La partenaire de Taig Khris, Denitsa, a-t-elle charmé le public grâce à sa plastique irréprochable et à son déhanché ravageur ? La chaîne TF1 a-t-elle sciemment détourné le scénario écrit d'avance pour faire de l'audience ? Après tout, on s'en fout. On ne regardera pas la finale.


mercredi 24 octobre 2012

Comme disait Roger Moore dans Moonraker...

"C'est vrai. J'oubliais que vous êtes plus qu'une infiniment jolie femme."


Hommage à



















another perfect person...




dimanche 1 janvier 2012

A toutes les caissières de cafétéria

Examiner les plateaux, compter les repas,
Sans faute : la direction ne pardonne pas.
« Et un café avec ça ? », éternelle antienne
De la caissière efficace et dure à la peine.

L'âme grise ou rose, sourire comme à la pose
Et toujours se tenir droit, le client est roi.
Servir à la chaîne, veiller à toute chose,
Cela semble peu mais c'est une lourde croix.

mercredi 3 août 2011

Rêve nocturne

La lumière sourde dessinait un contour
Aux ondulations douces et moirées de satin.
Nuisette retroussée et regard de velours,
Elle avait le sourire corrupteur et malin.

Posée nue sur l'écrin, elle froissait sans détour
La toison humide, où se perdait sa main,
Caressant et pressant de ses doigts à rebours,
En un long va-et-vient gémissant, ses deux seins.

Automate incarnée dans la chambre d'amour,
Elle suait le vice et les plaisirs inhumains.

dimanche 12 juin 2011

Stacey Solomon

Vous n'avez peut-être jamais entendu parler d'elle. Encore une de ces inconnues sortie de l'ombre à l'occasion d'une émission de télé-crochet et qui gravite désormais dans le monde du showbizness et de la téléréalité britannique. Ce devrait être une raison de défiance, d'un vague a priori plein de mépris à l'égard de cette jeune femme (22 ans), pourtant ce post est plutôt positif à son égard.

Lorsqu'elle arrive sur la scène de l'émission The X Factor (UK, 2009), on voit une adolescente, encore gamine et toute timide, avec un très fort accent populaire et l'attitude craintive des gens auxquels la vie n'a appris qu'à recevoir des coups. Sans doute conseillée par son entourage de se mettre en valeur, elle porte un short ultra court et un chemisier blanc serré qui contrastent avec sa personnalité introvertie. Tout le monde pense - et tout laisse penser - qu'elle va se prendre une énorme beigne. On entend déjà les rires sadiques dans la salle.

La musique démarre (pour l'anecdote, il s'agit de What a Wonderful World), elle pose la première note et, d'un coup, un frisson parcourt la salle et les téléspectateurs. La note est parfaite, la voix mélodieuse, le visage rayonnant. Miracle ! Tout le morceau est parfait, même quand elle prend quelques libertés avec la version popularisée par Louis Armstrong. Elle est comme transcendée par la musique. On ne la reconnaît plus, on croirait voir une diva professionnelle capable de faire passer l'émotion du chant dans les cœurs les plus insondables.

Révélation mystique : la musique transcende les êtres. Cette petite chose fragile et mal assurée s'est transformée d'un coup en maîtresse des ondes, portée par sa chanson, vibrant sur chaque note d'une justesse et d'une force insoupçonnées. Puis, comme par enchantement, la magie retombe lorsque la musique s'arrête. La fleur épanouie se referme, se recroqueville, rentre la tête dans les épaules et attend le verdict du jury, encore incertaine de la qualité de sa prestation. C'est un triomphe ! Elle reste pourtant la dernière à y croire.

La suite sera classique mais ce n'est pas la suite qui compte. Ce qui compte, c'est cet instant magique où elle a touché la grâce, cette minute de gloire où tous les possibles se sont ouverts, où tous ceux qui étaient là, dans la salle ou devant leur écran, ont senti le frisson des grandes espérances dont est capable l'humanité.

Oui, la musique est belle.

http://www.youtube.com/watch?v=_hCa59bTxdY&feature=player_detailpage

mercredi 9 mars 2011

Chère E.

Il y a 6 ans (6 ans déjà !), j'écrivais ces quelques lignes.
Écrites mais jamais envoyées. Pas eu le courage.

"A Bron, le 7 août 2005.

          Chère E.

Le temps à Lyon est au beau fixe. Pourtant, je n’ai cure d’en profiter.
Les plaisirs habituels me laissent sans joie et l’appétit me fait défaut.
Je regarde les heures passer en redoutant un appel improbable. Pourquoi m’appellerais-tu d’ailleurs ?

Puis, il y a cette question anodine que je ressasse jusqu’à en oublier le sens : « Tu viens souvent à Clermont-Ferrand ? ». Non, hélas, et pourtant j’irais tous les jours pour te voir si tu me le demandais. Pourquoi donc me suis-je empressé de débiter la plus plate des âneries : « Non, pour le boulot seulement. ». Faut-il être une machine pour n’avoir pas même compris le sens de la question ? Pour n’avoir pas même laissé une ouverture vers un échange plus sincère, plus authentique ?

J’ai sans cesse l’idée de toi. Pourtant, pas moyen de me souvenir de ton image sans faire appel à cette photo, prise par hasard, où je constate que tu n’es pas vraiment belle et que le soleil trop blanc déforme ton visage en grimace. Mais quelle est charmante, cette grimace ! Je la voudrais voir tous les jours, tout le temps, comme le visage d'un ange gardien doucement posé sur mon épaule.

J’ai peur de perdre mes repères. Jusqu’ici l’amour, c’était une histoire de phéromones et de conditionnement social, un phénomène expliqué scientifiquement, un mécanisme biologique ou sociologique pour assurer la reproduction de l’espèce, mais depuis toi, je ne comprends plus rien à rien.
Dans le monde que je m’étais imaginé, il y avait les femmes que l’on croise, celles que l’on regarde, celles que l’on respecte, celles que l’on admire et puis il y avait la femme, la seule et unique créature qui trouverait grâce à mes yeux, trop parfaite pour exister. Cela fait dix ans que je m’étais résigné au célibat et puis, te voilà, ne ressemblant à aucune des femmes de ma misérable classification mais admise dans chacune à la fois.
Voilà que je raye dix ans de ma vie en me demandant si je serais capable de construire ma vie avec toi. Du jour au lendemain, la vie à deux n’est plus un mythe, c’est une réalité presque tangible. Pourras-tu supporter mes travers ? Saurai-je te rendre heureuse ?…

J’admire la maîtresse femme qui est en toi, douce et combative, fidèle et déterminée. Je désire l’amante, insoumise et fière, que je devine dans ces gestes langoureux. Je souhaiterais presser contre mon cœur cette silhouette svelte et sportive, la couvrir de caresses, la parer de l’éclat du bonheur. Mais lorsque j’imagine cette vie à deux (Combien d’enfants aurons-nous ? Où irons-nous passer les prochaines vacances ? Comment supporter la belle famille ?…), je m’exècre et me hais. Le dégoût me vient de mon corps si laid, de mon âme si noire, de cette souillure que je porte, indélébile. Qui aimerait un croisement de Quasimodo et Dorian Gray ?

Alors, je me terre derrière les volets trop fins : les bêtes de l’ombre ne supportent guère l’éblouissement d’une lumière trop vive. Je m’enterre vivant dans ces pensées trop noires, dans ce semblant de vie monacale et je me convainc, contre toute évidence, que j’appartiens à cette nouvelle catégorie : les assexuels. Peu à peu le temps fera son effet, il mettra une croûte sur ces quelques souvenirs de toi et je croirai avoir oublié, espérant que tu ne réapparaîtras pas pour semer le tumulte dans ma poitrine."


Aujourd'hui, E. est "pacsée" avec quelqu'un rencontré entre-temps. Ils ont un enfant. Leur couple ne va pas très fort, paraît-il.
Pourquoi n'ai-je jamais envoyé cette lettre ? Ou une autre ? Pourquoi ai-je eu si peur du cataclysme que cela aurait pu produire dans ma vie trop bien rangée ?

A-t-on peur d'être heureux ? Je veux dire vraiment heureux.

mercredi 23 février 2011

Coiffure

N'est-il pas surprenant comme la coiffure peut changer l'impression qu'on a de quelqu'un ?

Lorsqu'elle est partie en vacances, ses longs cheveux noirs étaient noués dans un chignon serré, qui lui faisait comme une grenade en fleur derrière la tête. Le visage fin, aux traits délicatement dessinés, se prolongeait vers l'arrière par un flot de fils d'ébène, plaqués sur les tempes et convergeant en rangs serrés vers ce nœud gordien. La petitesse de la tête n'aurait laissé soupçonner cette chevelure ondoyante qui lui tombait jusqu'aux hanches lorsqu'elle défaisait exceptionnellement son chignon, afin d'aérer un peu les pauvres cheveux maltraités. Avec son visage bien dégagé, elle avait un petit air d'Audrey Hepburn, actrice chic et romantique de mon panthéon féminin.

Depuis qu'elle est revenue de vacances, ses cheveux noirs, s'arrêtant désormais aux épaules, sont déployés de part et d'autre du visage en un casque vaporeux. Avec toujours autant de symétrie, ils encadrent maintenant un regard de jais, une bouche entrouverte et un petit menton volontaire. Par un mystère de l'image, cette tête désormais chargée pousse à baisser les yeux vers une gorge d'albâtre (trop ?) largement découverte. Audrey s'est muée en Cléopatre (Elizabeth Taylor ou Monica Bellucci, au choix selon votre génération), icône sulfureuse et sensuelle de l'imaginaire masculin, femme fatale par excellence.

Du platonique au charnel, n'est-ce qu'une histoire de coiffure ?

dimanche 30 janvier 2011

Quand résonneront les matins clairs

Quand résonneront les matins clairs
Des cavalcades des hussards
Et que tinteront les coups de fer
Dans la clameur des cris barbares,
Je serai là.

Quand s'élèveront les montgolfières
Aux canonnades des fanfares
Et que pleureront les yeux de vair
A la terreur des grands départs,
Je serai là.

Quand s'enchaîneront les pauvres hères
Aux accolades du hasard
Et que supplieront les bouches amères
Avec candeur et désespoir,
Je serai là.

Quand s'étourdiront les peuples frères
Dans la parade des grands soirs
Et que chanteront mille voix légères
Amour, bonheur et chants de gloire,
Je serai là.

Quand s'amenderont les tribus fières
Aux mercuriales des vents noirs
Et que se tairont les grands tonnerres
Dévastateurs devant l'espoir,
Je serai là.

Je serai là.
Dans la guerre et dans l'exploit, dans la misère et dans la joie, je serai là.
Et dans la paix aussi.

Pourquoi ne suis-je là
Ce soir auprès de toi ?

(28 janvier 2001)

samedi 15 janvier 2011

Nolwenn Leroy

Avez-vous remarqué comme la jeune femme a changé depuis 2002 ?

Alors que la France la découvre dans la Star Ac' 2, elle semble à peine sortie de l'adolescence, avec encore cette sensibilité à fleur de peau qui fait la fragilité et la violence de toutes les adolescentes idéalistes et naïves. Huit ans plus tard, elle semble désormais une jeune femme accomplie, épanouie et sereine. En pleine possession de son existence et sûre de son charme (et n'hésitant pas à en jouer pour compenser parfois un défaut de voix).

A quoi, à qui, doit-on cette transformation ? Peu importe, cela fait plaisir de la voir ainsi. Avec une étincelle de bonheur au fond des yeux, au lieu de cette lueur de souffrance intérieure que l'on entrevoit chez trop d'autres jeunes chanteuses propulsées par la télé-réalité ou le star-système. Les hommes apprécieront.

D'autant qu'elle affiche une ressemblance de plus en plus frappante avec une certaine Sophie Marceau au même âge...

jeudi 23 décembre 2010

Impressions

Noël oblige, parfumeurs et autres vendeurs de luxe figurent en bonne place parmi les annonceurs qui trustent les "intermèdes à caractère promotionnel" de notre petit écran. Avez-vous remarqué cette publicité télévisée pour le dernier parfum de Givenchy, "Very Irresistible" ?

Loin de moi l'idée de faire une quelconque promotion à cet article du raffinement mondain, qui, aux dires de certains internautes, ne serait d'ailleurs pas à la hauteur de son nom. Si j'attire votre attention sur ledit spot publicitaire, c'est pour deux raisons : 1- la robe du personnage féminin (incarné par une certaine Liv Tyler ; oui, il me semblait bien avoir déjà vu ce visage quelque part...), et 2- l'atmosphère qui se dégage du film.

La robe est une robe du soir ajustée, noire, longue jusqu'aux chevilles, épaules couvertes, et d'une simplicité presque austère si n'était ce dos nu intégral. Pour les y-ceux qui connaîtraient leurs classiques cinématographiques mieux que moi, on trouve à peu près la même robe (pourquoi mon cerveau veut-il absolument qu'elle soit blanche ? non, elle est bien noire aussi, cette robe) portée par Mireille Darc dans Le grand blond avec une chaussure noire. Ce vêtement a ceci de surprenant qu'il exprime au plus haut point toute l'ambiguïté de la nature humaine (certains diraient la duplicité féminine mais ne cherchons pas ici à provoquer le deuxième sexe). De devant, l'image de l'élégance sobre et pudibonde ; de derrière, la sensualité charnelle poussée jusqu'à l'indécence de découvrir l'amorce du sillon fessier (enfin, pour Liv Tyler, je n'ai pas bien vu mais, pour Mireille Darc, il n'y a aucun doute). A quoi donc tient la séduction d'un vêtement ?

L'atmosphère, elle, a ceci de remarquable que, bien que ne réunissant aucun des éléments qui font selon moi la signature d'Audrey Hepburn, elle en évoque inconsciemment l'idée. C'est d'ailleurs l'objectif même de ce parfum qui, si l'on en croit le site internet de Givenchy, veut "rendre hommage à cette union magique entre la couture et le cinéma", née "d'une rencontre inoubliable entre Hubert de Givenchy et Audrey Hepburn" (je ne mets pas de lien internet - on a déjà fait assez de pub comme cela - vous êtes bien assez grand pour le trouver tout seul si cela vous intéresse). Comment donc un réalisateur de spot publicitaire s'y prend-il pour faire passer une impression qui n'est pas fixée explicitement sur la pellicule ?

Je n'ose croire à l'existence d'images subliminales dans ce spot de pub...