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vendredi 25 mai 2012

Théorie pour géographes

Longtemps, l'homme occidental a vécu dans sa suffisance. Il dominait le monde et pensait tout savoir mieux que les autres peuples. Il l'a colonisé de gré ou de force, croyant parfois y apporter les lumières de sa soi-disant grandeur.

La décolonisation fut douloureuse pour tous, colonisateurs et colonisés - on ne retire pas une écharde incarnée sans rouvrir une plaie. Puis, la décolonisation s'est muée en coopération, forme de colonisation économique rampante par laquelle l'homme occidental gardait la tutelle sur des peuples adolescents.

Las, comme les parents qui voient sans comprendre les soubresauts d'une crise d'adolescence, l'homme occidental a regardé sans comprendre les soubresauts de ces pays "en développement". Les soubresauts sont passagers, pensent les parents, tout rentrera dans l'ordre une fois atteint l'âge adulte. Mais quand l'âge adulte vient, force est de constater que l'adolescent n'a pas suivi le chemin de ses parents, qu'il a bifurqué et assume désormais pleinement sa maturité.

Il serait temps que l'homme occidental comprenne que les pays en développement ont désormais atteint l'âge adulte et qu'il n'y peut mais. Si le développement économique n'est pas toujours au rendez-vous - mais la taille des adultes ne varie-t-elle jamais ? - le développement psychologique est achevé. En trois générations, ces peuples autrefois colonisés ont atteint l'âge de raison.

Regardez l'Asie : là-bas, personne ne regarde plus l'homme occidental comme modèle. Ils ne nous ont pas attendu. Ils avancent et tracent leur sillon tout seuls. L'Afrique turbulente suit à quelques longueurs derrière. L'homme occidental est désormais vieux en ce monde, mais pas sage pour autant. Viendront-ils à nos obsèques ?

Théorie pour sociologues

On a eu la société de l'esclavage, où le travail était devoir et où l'homme enchaînait l'homme pour lui faire faire ses moindres caprices.

Puis, l'homme s'est libéré de son joug et a érigé le travail en promesse de liberté. Ce fut la société du travail, autre forme d'esclavagisme, moins brutale mais plus inhumaine en ce qu'elle enchaînait l'homme au capital.

Les gains de productivité ont ensuite appris à l'homme occidental que le travail n'était plus un droit mais une chance. La chance de subvenir aux besoins de sa famille par sa seule force de travail. Ce fut la découverte du chômage de masse et, par la même occasion, la ségrégation d'une frange de la population, celle des inutiles condamnés à l'oisiveté faute de trouver un travail dans la société.

On nous a alors vendu la théorie d'une société du loisir. Puisqu'il y avait moins de travail que de gens pour travailler, il n'y avait qu'à partager le travail et partager le temps libre. Congés payés, RTT et compagnie ont ancré dans les esprits l'idée d'un droit à disposer de temps pour soi.

Mais pour se permettre des loisirs, il faut avoir de l'argent. Or, l'homme occidental n'a plus d'argent car plus de travail. Plus de travail, plus de loisirs : que faire ? Nos gouvernants prétendent que l'innovation est la clef de la croissance future. Il va donc falloir former plus, et plus longtemps, et mieux, toute la population. Après la société du travail, après la société du loisir, place à la société de l'éducation.

Le risque est qu'on cache sous le nom d'"étudiants" des gens qui sinon auraient été chômeurs. Les optimistes diront que passer son temps libre à étudier est au moins aussi bien qu'à pointer à l'ANPE. Les pessimistes feront remarquer que l'éducation coûte et qu'on n'a toujours pas d'argent. Misère !

Heureusement que les sociologues sont là pour mettre des mots sur nos maux : l'homme s'apaise quand on lui raconte des histoires... (jusqu'à ce qu'il s'en rende compte !)

dimanche 25 mars 2012

Présidentielles 2012 : la théorie du héros

"Les Français sont des veaux", dixit un célèbre général. Certes, mais des veaux qui ne se contentent pas de regarder passer les trains. Il leur faut un peu plus de spectacle. De la chique et du mollard, de la tension nerveuse, du "thrill".

L'invasion des chaînes de télévision dans nos existences par tous les canaux possibles a transformé le journalisme d'information en journalisme d'égout. Pour retenir l'attention de téléspectateurs de plus en plus volatiles, on ne présente plus les faits objectivement, on scénarise. Il faut de l'action, du sang, du drame, de l'émotion, en un mot du spectacle !

La campagne présidentielle n'y échappe pas. Les candidats sont des acteurs et les journalistes rapportent leurs faits et gestes comme on commente un combat de catch. L'ennui est que, cette année, les deux catcheurs vedettes ne sont pas à la hauteur. Le petit teigneux n'a plus les faveurs du public, le grand mollasson ne fait pas vibrer les foules. Heureusement qu'il y a Mélenchon pour faire un Smackdown.

Cela étant, le scénario n'est pas écrit d'avance. Il évolue à mesure des sondages d'opinion. Si l'on en croit les intentions de vote, Hollande avait la partie gagnée d'avance. Il n'en fallait pas moins pour détourner les Français de la campagne. A-t-on jamais vu de bon film dans lequel le héros gagne dès le début du film ? Non, il lui faut des épreuves à surmonter, pour démontrer sa valeur et son courage, face au grand méchant qu'il anéantira à la toute fin de l'histoire. D'où la remontée de Sarkozy dans les sondages, pour faire un peu illusion le temps du film.

Mais la théorie du héros fonctionne aussi dans l'autre sens. Combien de films démarrent ainsi, avec un anti-héros battu d'avance, qui doit affronter l'insurmontable et renverser le scénario pré-établi ? Des dizaines. Et ce ne sont pas les moins bons. Sarkozy pourrait-il être le héros des téléspectateurs français et Hollande le méchant à abattre ? Seul l'avenir le dira mais, pour l'instant, le film est plutôt mauvais faute d'avoir les bons acteurs.

Attention, les Français sont des veaux mais les Français sont volages.

samedi 12 novembre 2011

Is fecit qui prodest

Is fecit qui prodest (il a fait cela celui à qui cela profite), maxime latine à peu près équivalente à notre "à qui profite le crime ?" Cherchez le bénéficiaire, vous trouverez le coupable.

Le crime ? Les turbulences financières sur la dette des Etats européens. Pourquoi cet emballement spéculatif autour des dettes souveraines alors que cela fait des années que tout le monde connaît les situations d'endettement, de déficit et de faible croissance des pays européens ? Pourquoi plonger maintenant l'Europe dans le chaos et la crise économique ? Ou plus précisément, pourquoi cette aggravation depuis l'été ?

La faute aux spéculateurs ? Oui à première vue, mais les spéculateurs ont toujours existé. Ils étaient là avant, ils pouvaient déjà faire cela auparavant. Si l'on cherche un peu plus loin, les spéculateurs pourraient n'être que l'instrument, déclenché par des criminels restant dans l'ombre... Quels sont ces criminels ?

Cet été, un phénomène important est survenu sur les places financières mondiales : la dégradation de la note des USA, de AAA à AA+. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, les intérêts de la dette des Etats-Unis se sont pourtant réduits parce que, quasiment en même temps, survenait l'aggravation des tensions sur les dettes souveraines européennes. Malgré la baisse de leur note, les USA continuent à bénéficier d'une dette appréciée par les investisseurs. A qui cela profite-t-il ? Aux USA bien sûr, car ils échappent à une hausse de leur coût de financement, mais à la Chine également, car elle échappe à une dévaluation de ses actifs colossaux placés sous forme de dette américaine.

Alors, faut-il croire que les USA et/ou la Chine ont œuvré en sous-main pour déchaîner les spéculateurs sur le continent européen comme autrefois Dieu déchaîna la vérole sur le bas-clergé breton ?

jeudi 3 novembre 2011

G20

"Cannes, unique objet de mon assentiment. Cannes, à qui vient Sarko d'immoler notre argent."

En cette fin de semaine (3 et 4 novembre 2011), le G20 se tient à Cannes. Il s'agit de la dernière réunion du G20 sous présidence française avant un bon bout de temps. Ce qui devait être l'apothéose de la présidence sarkozyenne à la tête du G20 a déjà fait pschitt sur bon nombre de sujets : l'équilibre du commerce international, l'appréciation du yuan chinois, la lutte contre la contrefaçon, la taxation des transactions financières, etc. Mais, au fait, pouvait-on vraiment attendre quelque chose du G20 ?

Le G20 n'est pas une institution. Le G20 n'a rien de démocratique, le G20 n'est pas représentatif des intérêts des peuples, le G20 n'a aucun pouvoir de décision ni de mise en œuvre. Dès lors, on peut se demander pourquoi tant de manifestants s'échinent à protester contre chaque réunion du G20 ? Faut-il qu'on lui accorde tant de crédit pour imaginer que ce machin a des pouvoirs qu'il n'a pas ? Ou bien cherche-t-on dans le G20 un bouc émissaire pour éviter de s'interroger sur les véritables causes de tous nos maux ?

Le G20 est un club. Le G20 est élitiste, le G20 rassemble les dirigeants de 20 pays parmi les plus puissants de la planète, le G20 est un lieu d'échange de vues. Le G20 est comme ces clubs de la haute société où se rassemblent les dirigeants des plus grandes entreprises. On y cause, on teste des idées, on négocie mais chacun reste maître chez soi. Il y a un code de conduite (politesse, savoir-vivre, diplomatie) mais les règles sont tacites et ne garantissent rien de plus que la sérénité du lieu. Aucun accord trouvé dans le cadre du G20 - il faudrait plutôt parler de consensus - n'a de valeur contraignante pour qui que ce soit. Dès lors que le G20 n'est qu'une manifestation d'un certain groupe d'intérêts, faut-il s'étonner que tant de manifestants, soit qu'ils se sentent exclus, soit qu'ils se sentent en danger, expriment avec force leurs opinions contradictoires ? Protester contre le G20 est inutile (le G20 n'a pas de pouvoir) mais c'est aussi légitime et nécessaire que toute autre forme d'action démocratique (la démocratie ne s'use que si l'on ne s'en sert pas).

Bref, le G20 ne sert à rien et, franchement, je me demande bien pourquoi les Chinois trouvent un intérêt à venir y écouter les jérémiades de l'Europe ou des États-Unis. Savoir-vivre extrême-oriental ? Sourire de façade mais aiguille empoisonnée cachée dans le dos ?

Toujours est-il que l'existence même du G20 interroge sur la représentativité des dirigeants du monde. Quel mandat ces dirigeants ont-ils pour discuter de mesures de politiques économiques aux conséquences parfois dramatiques ? L'élection démocratique au suffrage universel, pour les pays qui la pratiquent, suffit-elle à donner mandat au président élu pour négocier tout et n'importe quoi au G20 ? Comment s'assurer que les dirigeants du G20 représentent effectivement et efficacement les intérêts de leur pays et ne cèdent pas aux pressions des lobbies industriels, financiers, religieux, etc. qui savent occuper les antichambres du pouvoir ?

Le problème est bien plus vaste que le G20, puisqu'on touche là à la légitimité démocratique des dirigeants (NB : si l'on mesurait la performance d'un mode de gouvernement à l'aune de la croissance économique qu'il obtient, le régime autocratique chinois serait sans doute champion du monde ; tout le monde conviendra néanmoins que ce n'est pas le régime le plus souhaitable). Ce problème de légitimité démocratique est néanmoins crucial.

Regardez la Grèce : alors que son gouvernement a négocié à Bruxelles les conditions de sauvetage économique du pays (effacement d'une partie de la dette publique, en contrepartie de réformes structurelles radicales), il remet en balance la décision en la soumettant au référendum populaire. Quoi qu'on en pense, c'est un aveu de faiblesse de la part des dirigeants grecs : ils veulent bien être aux commandes quand la mer est agitée mais, lorsque le temps tourne à la tempête, ils laissent l'équipage choisir la direction du navire. Vaut-il mieux un capitaine inflexible, qui fixe le cap malgré l'équipage, ou un équipage solidaire, qui agit malgré la science du capitaine ? L'avenir le dira.

samedi 17 septembre 2011

La gauche et ses valeurs

La gauche a des valeurs, qu'on se le dise !

Tous les responsables socialistes vont répétant qu'il faut revenir aux valeurs de la gauche. Ils nous resservent ce leitmotiv comme on ressort les reliques d'un passé illustre, pour en emprunter un peu la gloire et cacher la misère de leur programme. Qu'une idée soit trop nouvelle ou, au contraire, éculée, il faut la raccrocher aux valeurs de gauche. Question de crédibilité.

Les valeurs, c'est ce qui reste quand on n'a plus rien à dire, ce qui demeure quand on a tout vendu, les bijoux de famille en quelque sorte, les bijoux de la grande famille socialiste, de Jaurès à Blum. Elles sont fondamentales, essentielles, intangibles, inaliénables. Elles tiennent lieu de programme et, à l'occasion, de morale politique.

Mais quelles sont-elles ces valeurs ? Liberté, égalité, fraternité ? Liberté des peuples, liberté de la presse, liberté syndicale, liberté des femmes, liberté de culte... Égalité des individus, égalité homme-femme, égalité blanc-noir, jaune-rouge, riche-pauvre, etc. Et fraternité ou plutôt solidarité. Solidarité jeunes-vieux, travailleurs-chômeurs, malades-bien portants... Bref, des principes fondateurs du modèle social français.

L'ennui, c'est qu'à s'accrocher à des mots, la gauche se crispe et s'arc-boute sur des archaïsmes. Droite comme un I, comme une vieille belle momifiée dans ses habits de mariage d'une autre époque. Avoir des valeurs donne une contenance. Mais la gauche doit dépasser ces valeurs, les réinventer, les transcender, les revisiter pour avancer. Les dirigeants socialistes semblent l'avoir compris mais, pour l'instant, l'appréciation serait : "en progrès mais peut mieux faire".

La gauche est encore un parti trop gauche de ses valeurs.

jeudi 5 mai 2011

Fin de siècle

Certains prétendent que les siècles ne se terminent jamais au changement d'année comptable, mais quelques années plus tard, lorsque l'histoire décide de tourner la page.

Le 19ème siècle ne se serait pas terminé en 1900 mais en 1914, avec la première guerre mondiale qui a transformé le monde à jamais.
Le 18ème siècle ne se serait pas terminé en 1800 mais en 1815, avec la chute définitive de Napoléon, mettant un terme aux frasques révolutionnaires et obligeant les royaumes européens à s'adapter à la modernité des techniques et des aspirations populaires.
Le 17ème siècle ne serait pas terminé en 1700 mais en 1715, avec la mort du roi-soleil et l'avènement des idées progressistes et humanistes qui feront succéder le "siècle des lumières" à la monarchie absolue mégalomane.
Le 16ème siècle ne se serait pas terminé en 1600 mais en 1610, avec l'assassinat du roi Henri IV qui achève la Renaissance et consacre le retour d'une monarchie raffinée, diplomate et politique.

Et ainsi de suite. Même si certains événements peuvent sembler plus anecdotiques que d'autres, même si les arguments, très vaguement esquissés ici et trop euro-centrés, peuvent être contredits, il y a dans cette récurrence une similitude troublante à laquelle notre besoin de surnaturel voudrait croire.

Qu'en est-il du 20ème siècle ? On pourrait penser que les attentats terroristes du 11 septembre 2001 ont marqué le tournant du 20ème siècle. Peut-être. Cependant, je serais plutôt tenté de croire que ce fut un soubresaut des inhumanités qu'aura connu le 20ème siècle et que le tournant de l'histoire, c'est maintenant. Des guerres "démocratie contre terrorisme" qui s'enlisent car insuffisamment fondées, des pulsions émancipatrices populaires dans de nombreuses autocraties arabes qui n'avaient pratiquement jamais connu cela de toute leur histoire, des craquements du globe au Japon qui nous interrogent sur notre maîtrise de la technologie, une certaine prise de conscience du changement climatique, un Occident qui joue les pompiers pyromanes, etc., les facteurs s'accumulent qui font craindre un changement radical dans l'ordre du monde.

Le tournant n'est pas encore là mais il ne tient qu'à un mouvement, celui de la Chine. Quel qu'il sera, démocratisation, repli sur soi, expansionnisme économique ou militaire, prise de contrôle sur le monde, il marquera certainement la trajectoire du 21ème siècle, suivi d'emblée par l'éveil de l'Inde.

jeudi 14 avril 2011

Qui suis-je?

Qui suis-je ?
Après avoir été brièvement plagiste, je commence à travailler à 18 ans comme photo-reporter pour l'agence Sipa Press, qui m'envoie à travers le globe dans tous les endroits où "ça chauffe". Ma jeunesse et mon goût pour l'aventure trouvent là matière à assouvir mon besoin d'adrénaline.
- Non, je ne suis pas Yann Arthus-Bertrand.

Le grand public me découvre à partir de 1987 dans une émission de télévision, qui me permet de pratiquer en direct de nombreux sports extrêmes dans des lieux aussi magnifiques qu'improbables. Profitant du succès de l'émission pour "m'éclater" aux quatre coins du globe, j'acquiers à cette occasion la popularité d'un baroudeur écolo même si, sous couvert de vendre du rêve aux téléspectateurs, je suis le premier à polluer ces milieux naturels et à stimuler un tourisme malvenu dans ces contrées sauvages.
- Non, je ne suis pas Denis Brogniart.

Alarmé par la dégradation rapide des paysages dans lesquels "je m'éclate", je fonde bientôt une fondation pour la protection de la nature (afin de protéger mon petit paradis ?), dont le nom sera associé à une gamme de produits pour la douche et pour le corps. Sous couvert de défendre l'environnement, ma fondation engrange les financements de nombreuses multinationales souhaitant s'acheter une conscience écologique.
- Non, je ne suis pas Allain Bougrain-Dubourg.

Au début des années 2000 (et des rhumatismes ?), j'apparais sur le devant de la scène écologique, délaissant "l'éclate" au bout du monde pour m'engager dans l'action citoyenne. Je suis à l'origine d'un manifeste écologique qui inspirera l'inénarrable Grenelle de l'environnement en 2007.
-  Non, je ne suis pas Daniel Cohn-Bendit.

Bien que n'ayant pas l'étoffe d'un politicien, je me laisse convaincre d'être candidat à l'élection présidentielle de 2012, servant du même coup les intérêts de la droite en France en divisant un peu plus l'opposition réunissant la gauche et les écologistes.
- Je suis ? Je suis ?

Nicolas Hulot, bien sûr ! J'ai passé 30 ans de ma vie à m'éclater à travers toute la planète et, maintenant que l'âge et les regrets commencent, je culpabilise les braves gens avec un discours écolo-terrorisant, mais je ne fais que surfer sur une vague plus grosse que moi.

samedi 19 mars 2011

Lâcher prise

Avec toutes ses horreurs de l'autre côté des mers (la vilenie de Kadhafi, la débâcle matérielle des Japonais) et toutes ses émotions qui nous submergent (l'indignation, l'empathie, la pitié, et cette crainte qui monte au sujet du nucléaire), il vient comme une envie de lâcher prise.

Laisser retomber cette tension nerveuse qui nous use un peu plus chaque jour. Cesser de chercher à contrôler les choses et à orienter le cours des événements. Arrêter ces efforts dont la répétition quotidienne semble vouée à l'échec, tant ils se heurtent inévitablement à la rigidité du monde, des choses comme des gens. S'abandonner au temps qui coule et laisser défiler les jours, en simple spectateur. Après tout, d'autres s'occuperont bien de sauver le monde. Et s'ils ne le sauvent pas, c'est pareil : peut-être ne mérite-t-il pas d'être sauvé ?

Au fait, avec tout ça, nous sommes en guerre désormais ! (en admettant que l'Afghanistan, ce n'était que du "maintien de l'ordre")

jeudi 17 mars 2011

Japon, Libye

Séisme, tsunami, accident nucléaire au Japon. Guerre civile en Libye menée par un despote sans merci. L'accumulation de mauvaises nouvelles, ressassées à longueur de journée par tous les médias, nous ferait presque regretter le temps où notre horizon de connaissance se limitait à la proche contrée. Ce temps où nul bruit ne parvenait du fracas qui déchirait les peuples à des milliers de kilomètres de là. Ce temps où l'on pouvait se croire heureux en son jardin, du moment qu'un peu de soleil, de travail et de solidarité suffisaient à produire le pain quotidien.

En ce moment, le battage médiatique est tel que l'on n'ose plus être heureux. Comment assumer que, pour nous, tout aille bien (tout est relatif, bien sûr) quand nos frères de l'autre bout du monde sont, eux, revenus aux temps barbares ? Comment assumer un certain bien-être, une certaine satisfaction de notre situation présente sans renier la fraternité quasi-obligée que l'on doit à nos congénères pris dans la tourmente ? Peut-on parler de progrès de l'humanité quand certains d'entre nous s'en retournent vers le Moyen-Âge ? Qui osera rigoler demain matin devant la machine à café, sans cette arrière-pensée inconsciente de culpabilité, sans cette mauvaise excuse qu'il vaut mieux rire pour oublier et penser à autre chose ?

Il est apparu au fil des dernières décennies une conscience de race - comme il y avait naguère une conscience de classe sociale. Conscience de la race humaine, une et singulière malgré la multiplicité des ethnies, des coutumes et des modes de vie. Le monde a changé, le village est devenu global. Par notre multiplication et par nos efforts effrénés pour exploiter le milieu dans lequel nous vivons, nous avons rendu le monde fini : nous l'avons ramené à une taille commensurable aux créations et aux erreurs dont nous sommes capables. Entre autres causes de cette évolution, la nouvelle religion du changement climatique a fait prendre conscience que l'homme, où qu'il habite, quel qu'il soit, quoi qu'il fasse, est soumis à un destin singulier, celui de survivre avec ses congénères ou de disparaître.

Certes, mais qu'y pouvons-nous ? Se sentir solidaire est une chose, agir en est une autre. Et quelle action mettre en œuvre ? Nos gouvernants se multiplient, ces jours-ci, dans les médias pour expliquer qu'il n'y a pas de raison de changer (la politique nucléaire de la France) ou, au contraire, qu'il faut impérativement changer les choses (intervenir pour la protection des populations en Libye). Girouettes soumises aux vents changeants de la démagogie ? ou solides capitaines tenant la barre d'une main ferme et rassurante ? L'avenir le dira. L'histoire sanctionnera ceux qui ont joué sur la mauvaise case et récompensera les autres. Aucune question de mérite là-dedans, seulement de probabilités.

En tous cas, les Fillon et Juppé qu'on aura vu à la télé ce soir ont pris un sacré coup de vieux. Ça use, les responsabilités ! Surtout quand on ambitionne d'être candidat de rechange aux élections présidentielles de 2012.

dimanche 16 janvier 2011

Événements en Tunisie

La révolution de Jasmin, comme on l'appelle désormais. Ou comment une insurrection populaire aux motifs économiques est en train de transformer un pays. Pour le meilleur... ou pour le pire.

Je ne connais pas la Tunisie (une semaine de vacances, de Tunis à Tozeur, n'est pas connaître) mais je connais des Tunisiens. Ils sont secoués, mais ils sont lucides.

A l'origine des insurrections, le chômage terrible qui frappe une population bien éduquée (si vous voulez devenir dictateur, n'investissez pas dans l'éducation : les brebis ignorantes sont toujours plus dociles). La crise économique de 2008-2009 est passée par là. Sous-traitant de l'Europe, la Tunisie a souffert du ralentissement de la consommation des européens. Dans le même temps, elle subit de plein fouet la concurrence de pays asiatiques qui offrent désormais des coûts salariaux plus bas. Enfin, la corruption rampante a bridé l'entrepreneuriat : pourquoi chercher à développer son entreprise si la réussite doit obligatoirement passer par un partage des bénéfices avec la famille dirigeante ?

Investir dans l'éducation n'était pas une mauvaise idée du gouvernement : pour préparer le pays à la transition économique et produire sur des créneaux à plus forte valeur ajoutée. Laisser la belle-famille (Mme Ben Ali and co) poser son emprise sur l'économie était en revanche une énorme erreur. Les Tunisiens n'ont pas le sang-chaud, ils acceptent depuis des années une dictature "éclairée". Mais l'injustice et la corruption sont allées cette fois beaucoup trop loin.

La suite n'est que le scénario classique d'un régime qui vacille : manifestations, répressions, exactions, contagion populaire, division des forces de l'ordre, débandade du pouvoir, incertitude. Seule nouveauté dans le scénario, le rôle des "nouvelles technologies de l'information et de la communication" : internet comme source d'information, de multiples blogs comme lieux du bouillonnement idéologique populaire et le téléphone portable comme moyen d'organisation des "événements" (avec, en prime, l'option photo ou film pour rendre compte ensuite sur internet et l'option 3G pour la mise en ligne instantanée). Pour preuve, allez voir la page Wikipedia consacrée à la révolution de jasmin : mise en ligne le 15/01 à 23h, jamais une révolution n'était entrée aussi vite dans une encyclopédie !

Ben Ali a fui comme un malpropre, sans demander son reste. Gageons qu'il ne reviendra pas. Reste à savoir ce que deviendra ce pays. Supportera-t-il le choc de la démocratie ? Le choc des voix discordantes, jusqu'ici muselées par la répression, qui demain s'affronteront sur l'échiquier politique, si pas dans la rue ?

dimanche 2 janvier 2011

Evoluer

Évoluer, c'est changer d'état, passer d'une situation à une autre. Lorsque la situation s'améliore, on parle généralement de progrès (progrès technologique, progrès social, progrès dans la santé d'un individu...). Lorsqu'elle se détériore, l'évolution est une régression.

On ne peut juger du bienfait d'une évolution sans définir un critère de valorisation (quelle utilité m'apporte la nouvelle situation ? est-ce que mon bien-être s'est accru ?). Le progrès technique, longtemps considéré comme indiscutablement positif, est aujourd'hui mis en doute en tant que progrès social. Le progrès est-il toujours un progrès ? Rétrospectivement, probablement pas, car nos jugements de valeur ont changé. L'asservissement de nos sociétés à la technologie et l'oubli subséquent de la nature sont, pour certains, une régression.

L'être humain n'aime pas les régressions. Évoluer oui, mais pas en moins bien. Voyez ces adolescents qui refusent de mûrir, ces femmes qui refusent de vieillir, ces bourgeois accrochés à leur statut social, ces actionnaires à leurs dividendes, ces artistes à leur notoriété, ces politiciens à leurs mandats électoraux, ces catégories socio-professionnelles à leurs privilèges. Voyez ces nantis qui refusent de payer pour les pauvres, ces populations qui refusent de partager avec les immigrés, ces libertaires qui refusent l'aliénation de « leurs droits ». Tous ces individus qui refusent une détérioration même infime de leur bien-être : autant de conservateurs en puissance, autant de freins à la réforme, autant d'opposants à l'évolution du monde.

Malheur à qui veut changer l'ordre établi, car il mécontentera forcément quelqu'un, l'un de ses « conservateurs en puissance » qui ne trouvera pas son compte dans l'évolution envisagée. C'est ainsi que, depuis 25 ans, la France n'évolue plus, qu'elle s'engourdit dans un carcan passéiste au nom du « ça marchait bien avant, y a pas de raison de changer ». Plus nos politiciens parlent de réforme, moins les choses bougent. Jusqu'au jour où la réalité du monde fera voler en éclat toute cette belle ouvrage arc-boutée sur ses avantages acquis.

Alors, si l'on peut formuler un vœu pour 2011 : tâchons d'évoluer ! Apprenons à évoluer. Sachons identifier nos principes et valeurs essentiels, conditions sine qua non de la France de demain (Que met-on dans le contrat social ? Liberté, égalité, fraternité ?). Sachons abandonner les faux-semblants érigés en principes par des années de conservatisme aveugle (Par exemple, le salaire minimum garanti est-il un droit intangible ? Non. Mais les moyens d'une vie digne pour chacun en sont bien un. Le salaire minimum garanti est un artifice pour tenter de respecter ce principe mais, s'il entrave la compétitivité économique, peut-être doit-on en imaginer de plus efficaces). Enfin, imaginons une France construite sur ces principes intangibles et réalisons-là.

En un mot : évoluons !