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lundi 8 avril 2013

Une idée de business

Hier, la télévision diffusait un de ces reportages qui vous fichent le blues et vous transforment en Caliméro illico presto, du genre : pourquoi n'ai-je jamais de chance ? pourquoi ce sont toujours les autres qui en profitent ? c'est pas juste ! Bref, ils causaient salaires, rémunérations et avantages en tous genres.

L'un des arguments était le suivant : les entreprises préfèrent donner des avantages en nature (tickets restaurants, couverture santé, téléphone portable, voiture de fonction, service de crèche, pressing, bons d'achat, aide au loyer, prêt bancaire, etc.) plutôt qu'augmenter les salaires, car ça leur coûte moins cher. Outre le fait que ces avantages fidélisent le salarié, ils reviennent moins chers à l'entreprise car ils sont moins taxés.

Exemple : vous êtes un patron bien gentil qui fait des bénéfices et veut en distribuer une partie à ses employés (on a le droit de rêver, non ?).
Mettons que vous voulez augmenter de 100 € le salaire mensuel net de Mme Mouton (elle le mérite bien car, en plus d'être jolie comme un cœur et d'illuminer vos journées au bureau, elle est d'une rare efficacité - dommage que vous ne soyiez pas son mari). Dans ce cas, il vous en coûtera 182 € tout compris, dont environ 54 € de cotisations patronales et 28 € de cotisations salariales (bah oui, comme vous l'avez déjà augmentée précédemment, Mme Mouton n'est plus dans une tranche de salaire bénéficiant d'une exonération de cotisations).


Supposons à la place que vous lui donniez 100 € de pouvoir d'achat supplémentaire mais sous forme d'avantages non salariaux. Selon l'option choisie, ces avantages seront plus ou moins taxés (ex : les tickets restaurants peuvent être partiellement exonérés de cotisations patronales ; autre ex : la fourniture gratuite de matériel informatique et de logiciels pour un usage privé n'entre pas dans le calcul des cotisations sociales ; source : URSSAF, http://www.urssaf.fr/profil/employeurs/batiment_travaux_publics/vos_salaries_-_vos_cotisations/taux_et_montants_01.html). Dans la plupart des cas, pour transférer 100 € d'équivalent revenu net à Mme Mouton (qui décidément est fort jolie et mériterait peut-être une plus grosse augmentation), la charge supplémentaire se montera à moins de 82 €. Mettons 50 € pour faire l'exemple.

Ainsi, dans un cas (augmentation du salaire), 45% du coût pour l'entreprise (= 82/(100+82) ) part en prélèvements obligatoires, tandis que dans l'autre (avantage direct), cette part peut se monter à seulement 33% par exemple (= 50/(100+50) ). Vous, gentil patron mais pas pigeon, préféreriez la seconde option (parce que vous aimez bien Mme Mouton mais beaucoup moins votre contrôleur fiscal). Le hic, c'est que mettre en place des avantages divers en complément de rémunération partiellement détaxés, ce n'est pas votre métier.

Voilà l'idée de business à créer : une entreprise qui conseille les entreprises, en particulier les PME qui n'ont ni le temps ni la surface financière, et leur fournisse un package clef-en-main d'avantages adaptés à la situation des salariés. En mutualisant bien les besoins et les solutions (merci internet), il y a moyen de limiter les coûts de conseil et d'intermédiation tout en dégageant un revenu substantiel rémunéré grâce à l'écart de taxation. Sur l'économie réalisée par l'entreprise (82-50), il y a bien matière à récupérer une petite part...


Dommage, je suis sûr que plein d'autres gars ont déjà eu l'idée avant. Pourquoi ce sont toujours les autres qui en profitent ? c'est pas juste !

dimanche 13 mai 2012

Economie politique du gâteau au chocolat (1)

Les Français fabriquent tous les ans un gâteau chocolat (i.e. le PIB).

Supposons qu'il y a 10 Français et que le gâteau doit être partagé entre ces 10 personnes. Toutes n'ont pas participé de la même manière ou avec autant d'implication dans la préparation du gâteau et ne reçoivent donc pas la même part.
- Le chef cuistot, qui n'a rien fichu d'autre que donner les directives et superviser les opérations, prend deux parts de gâteau - sinon à quoi servirait d'être chef ?
- Les sept aides cuistots qui ont mélangé les œufs, la farine, le sucre, le chocolat etc. reçoivent chacun une part du gâteau auquel ils ont contribué.
- Reste alors (10 -2 -7 = 1) une part que doivent se partager les deux derniers français qui, soit qu'ils ne sont pas de bons aides cuistot, soit qu'ils sont handicapés, trop vieux, flemmards ou que-sais-je-encore et ne peuvent pas faire autant que les autres, n'ont pas pris part à la fabrication du gâteau mais reçoivent tout de même quelque chose - parce que, bon, on n'est pas des rats tout de même, surtout avec une devise contenant le mot "fraternité".
Au final, le "riche" reçoit deux fois plus de gâteau que la "classe moyenne" qui a trimé et qui, elle-même, reçoit deux fois plus de gâteau que les "pauvres" vivant de la solidarité. "Scandale !", diront les gens de gauche, "Normal !" diront les gens de droite.

Que faire pour mettre plus d'égalité dans le partage du gâteau de l'année suivante ? (question que doit se poser actuellement notre président fraichement élu, François Hollande)

Option la plus simple : piquer une part de gâteau au riche pour la donner aux pauvres. Ainsi, tous recevront une et une seule part de gâteau, témoignant de la parfaite égalité entre tous les Français (deuxième principe de notre chère devise). L'ennui de cette option - outre que certains la considèreront comme de la spoliation pure et simple - est qu'elle ne tient pas compte de la réaction individuelle de chacune des 10 personnes qui, après tout, sont parfaitement libres d'agir comme bon leur semble (premier principe de notre chère devise).
- Sachant qu'il ne recevra qu'une part de gâteau, le "riche" ne voudra plus être chef cuistot ou continuera à l'être mais fera moins bien son job de chef. La qualité du gâteau pourrait s'en ressentir.
- Sachant que ceux qui ne participent pas au gâteau reçoivent quand même une part, les personnes de la "classe moyenne" préfèreront, pour certaines, se tourner les pouces et vivre de la solidarité. La quantité de gâteau disponible pourrait s'en ressentir.
Au final, on n'aura pas 10 parts de gâteau à distribuer mais peut-être seulement 8 et de moins bonne qualité que l'année d'avant. Cela s'appelle le communisme, idée généreuse en théorie mais viscéralement minée par l'égoïsme de la nature humaine.

Deuxième option : ne pas toucher aux avantages acquis mais faire croître le gâteau et opérer une redistribution plus équitable des parts supplémentaires. Sous réserve que chacun reçoivent les bonnes incitations à travailler mieux et/ou plus (le chef cuistot à mieux optimiser la recette, les aides cuistots à travailler plus longtemps, et les laissés-de-côté à prendre part à la réalisation du gâteau), on peut espérer avoir 12 parts de gâteau à distribuer, soit deux de plus qu'avant.
- Pour créer l'incitation à faire plus et mieux, il faut promettre à chacun qu'il recevra une quantité de gâteau plus grande qu'avant : il faut donc quand même donner au "riche" une fraction des deux parts supplémentaires.
- Pour améliorer l'égalité, il faut par ailleurs donner proportionnellement plus à ceux qui ont moins, donc au lieu de découper les deux parts supplémentaires en 20%-70%-10%, on peut imaginer les découper en 10%-70%-20% par exemple. Un tel découpage conduirait à donner 2,2 parts au "riche", 1,2 part à chaque personne de la "classe moyenne" et 0,7 part à chacun des deux "pauvres".
Nombre d'autres découpages du surplus produit sont possibles mais ils ne réduisent pas intégralement les inégalités de richesse. Cela s'appelle le libéralisme, idée machiavélique consistant à utiliser l'égoïsme de la nature humaine comme moteur de la création de richesse. Ce modèle n'a pas vocation à réduire les inégalités de richesse - sinon les incitations à faire plus disparaissent et l'on se retrouve dans la première option. Il a même vocation à les accroître naturellement, sauf si le Gouvernement régule correctement les choses pour redistribuer un minimum avec équité.

Cette deuxième option est pourtant tout aussi vouée à l'échec que la première, en raison du principe d'utilité marginale décroissante que suivent tous les individus. Plus le "riche" est riche, plus il réclame de gâteau supplémentaire pour continuer à faire des efforts : quand on gagne déjà deux parts de gâteau, pourquoi s'échiner plus si c'est pour gagner une miette de gâteau en plus (de toute façon, on n'a plus très faim) ? L'arbitrage entre maintenir l'incitation à produire plus et redistribuer avec plus d'égalité devient ainsi chaque année plus difficile à trouver. A terme, il devient quasi impossible et, faute d'incitations suffisantes diront les uns ou à cause d'une redistribution trop grande diront les autres, la croissance du gâteau stagne.

Conclusions :
- dans un état de droit, la redistribution des richesses nécessite la croissance économique ;
- compte tenu des travers de la nature humaine, les inégalités de richesse sont essentielles à la poursuite de la croissance économique (on pourrait même avancer que, plus les inégalités sont fortes, plus la croissance est grande, si l'on compare les USA ou l'Allemagne à la situation française) ;
- trop de redistribution nuit à la croissance et, in fine, à la redistribution ;
- asymptotiquement, la croissance stagne et la redistribution tend à égaliser les niveaux individuels de richesse (objectif ultime du communisme).

Le cercle est vicieux et le chemin de la bonne gouvernance est étroit. Parfois, une bonne révolution vaut mieux que tout cela pour remettre les compteurs à zéro. Faut-il pour autant la souhaiter ?

dimanche 8 janvier 2012

Souvenir ferroviaire

C'était en 1997. L'homme descendit du train, accusé d'avoir volé la société. Il ne savait pas encore que la première entreprise ferroviaire de France allait lui extorquer 140 francs.

Habitant Paris, il avait l'habitude, le samedi matin, de rendre visite à ses parents qui vivaient dans une petite commune de banlieue. Grâce au dense maillage des transports en commun jusqu'en proche couronne, il disposait, entre son domicile et sa destination, de deux options : RER, trois stations dont un changement à Châtelet, ou métro, 15 stations dont 2 changements. Autant dire qu'il n'y avait pas photo questions rapidité et confort. Le hic, qu'il ne mesurait pas alors, est la différence tarifaire. Dans un cas, 12 francs pour aller jusqu'en zone 3 (hors de Paris, le RER est tout de suite en zone 2 ou 3), dans l'autre 6 francs pour aller presqu'au bout de la ligne de métro (zone tarifaire unique avec Paris).

Étant donné qu'il allait au même endroit, il pensait avoir le droit de voyager en RER avec un simple ticket de métro (le pass Navigo n'était pas né). Cette possibilité lui semblait confortée par le fait que les portillons automatiques d'accès aux quais acceptaient bien son ticket de métro. Mal lui en prit. Le quatrième samedi qu'il faisait cela, contrôle des billets.

Pris en flagrant délit de titre de transport non valide, il fut sommé de payer sur-le-champ 90 francs d'amende. Il n'avait sur lui que 83,45 francs et pas son chéquier, ce qui poussa la contrôleuse à dresser une contravention en bonne et due forme pour l'adresser à son domicile. Le trajet étant particulièrement rapide et le stylo de la contrôleuse particulièrement lent, arriva bientôt la station de destination de l'homme où il fallut retenir le train en gare pour donner le temps à la contrôleuse de terminer le remplissage du formulaire. Quand on connaît la densité du trafic ferroviaire sur cette voie et le coût social d'un retard intempestif, on se demande si la contrôleuse a eu bien fait de retenir le train en gare.

L'homme descendit donc du train à la station dite, avec cette consigne : "vous recevrez la contravention à votre domicile". Point de papier, rien qu'il put utiliser pour payer sa contravention ou porter réclamation auprès de la SNCF. De fait, il ne reçut rien.

Trois mois étant passés, arriva un jour au domicile de l'homme un commandement de payer, assorti de l'ouverture d'un casier judiciaire pour refus de paiement de contravention. Étonnamment, on n'avait pas son adresse pour lui expédier la contravention mais on l'avait pour menacer de poursuites judiciaires. Le montant pour arrêter les poursuites judiciaires n'était plus de 90 francs mais 230 francs, ce dont il s'acquitta de bonne grâce, estimant qu'il aurait à perdre à contester quoi que ce fût, vu qu'il n'avait aucune preuve.

Aujourd'hui, l'homme garde encore grief à cette contrôleuse zélée mais incompétente dont il aimerait pouvoir briser la carrière. Aujourd'hui, l'homme ne va plus voir ses parents, ni en RER, ni en métro.


SNCF, à nous de vous faire préférer le train !


PS : les montants peuvent avoir été déformés par la mémoire.

samedi 12 novembre 2011

Is fecit qui prodest

Is fecit qui prodest (il a fait cela celui à qui cela profite), maxime latine à peu près équivalente à notre "à qui profite le crime ?" Cherchez le bénéficiaire, vous trouverez le coupable.

Le crime ? Les turbulences financières sur la dette des Etats européens. Pourquoi cet emballement spéculatif autour des dettes souveraines alors que cela fait des années que tout le monde connaît les situations d'endettement, de déficit et de faible croissance des pays européens ? Pourquoi plonger maintenant l'Europe dans le chaos et la crise économique ? Ou plus précisément, pourquoi cette aggravation depuis l'été ?

La faute aux spéculateurs ? Oui à première vue, mais les spéculateurs ont toujours existé. Ils étaient là avant, ils pouvaient déjà faire cela auparavant. Si l'on cherche un peu plus loin, les spéculateurs pourraient n'être que l'instrument, déclenché par des criminels restant dans l'ombre... Quels sont ces criminels ?

Cet été, un phénomène important est survenu sur les places financières mondiales : la dégradation de la note des USA, de AAA à AA+. Contrairement à ce que l'on aurait pu attendre, les intérêts de la dette des Etats-Unis se sont pourtant réduits parce que, quasiment en même temps, survenait l'aggravation des tensions sur les dettes souveraines européennes. Malgré la baisse de leur note, les USA continuent à bénéficier d'une dette appréciée par les investisseurs. A qui cela profite-t-il ? Aux USA bien sûr, car ils échappent à une hausse de leur coût de financement, mais à la Chine également, car elle échappe à une dévaluation de ses actifs colossaux placés sous forme de dette américaine.

Alors, faut-il croire que les USA et/ou la Chine ont œuvré en sous-main pour déchaîner les spéculateurs sur le continent européen comme autrefois Dieu déchaîna la vérole sur le bas-clergé breton ?

vendredi 11 novembre 2011

Le problème budgétaire français

Je n'ai pas une estime particulière pour Christian Saint-Etienne (au contraire), mais il faut reconnaître que son intervention à l'émission TV "C dans l'air" de mercredi dernier (France 5, émission du 9 novembre 2011 consacrée aux non-dits du plan de rigueur) a été fort instructive. Qu'a-t-on appris ? (les chiffres sont cités de mémoire, d'après ceux évoqués par les intervenants de l'émission)

En France, la dépense publique (Etat et collectivités territoriales) représente 56% du PIB (en Allemagne, 46% du PIB). Est-ce un problème en soi ? Non. C'est un choix de société, celui de redistribuer plutôt les richesses créées via le canal des budgets publics plutôt que via les transferts privés. C'est ça le modèle social français : un haut niveau de protection sociale et de services publics. Le problème vient de ce que l'Etat et les collectivités ne "gagnent" pas 56% du PIB.

En France, les prélèvements obligatoires (impôts et cotisations sociales qui constituent les recettes de l'Etat et des collectivités) représentent 44% du PIB. Est-ce un problème en soi ? Non. La Suède réussit bien avec un taux de prélèvement aussi élevé. Ce peut en revanche être un problème pour la compétitivité de l'économie française,si le "service rendu" (sécurité, éducation, infrastructures, etc.) n'est pas à la hauteur de ce coût que l'on fait supporter à l'économie.

La puissance publique (Etat et collectivités) équilibre son budget (dépenses - recettes = reste à financer) par la vente de prestations "commerciales" (par exemple, timbres fiscaux pour la délivrance de permis en tous genres, dividendes reçus des sociétés dans lesquelles l'Etat est actionnaire, etc.). Ces recettes additionnelles représentent 7% du PIB, laissant un trou de 5% du PIB. Est-ce un problème d'avoir un trou de 5% du PIB non financé ? Non, si le trou n'est pas récurrent. Comme dans un ménage, on peut avoir à emprunter pour faire face à des dépenses d'investissement une année, par contre on ne peut pas vivre à crédit tous les ans. A terme, c'est la faillite. En France, le trou dure depuis plus de 30 ans.

Comment s'en sortir ? Réduire les dépenses et/ou augmenter les recettes.

Réduire les dépenses. Pour l'Etat, on est quasiment à l'étiage : réduire encore les dépenses serait abandonner des prestations (c'est déjà en partie le cas, par exemple, dans l'éducation ou la sécurité). Pour les collectivités, il y a un peu de marge, mais celles-ci préfèrent augmenter les impôts locaux.
Réduire les dépenses, c'est aussi dépenser mieux, c'est-à-dire gagner en productivité de l'argent public dépensé. Il y a un peu de marge à aller chercher dans la productivité des fonctionnaires (mais globalement pas tellement plus que chez les salariés du privé, sauf à remettre en cause les 35 heures). De toutes façons, cette marge de productivité n'est pas suffisante pour combler le trou.
Réduire les dépenses, c'est faire le choix de couper à certains endroits : faut-il continuer à avoir la même qualité de route au fin fond de la cambrousse qu'en plein cœur de Lille ou Lyon ? Si l'on regarde les dépenses, 33% du PIB sont des dépenses sociales (retraites, santé, famille, chômage) et 14% du PIB vont aux retraités. Certes, les retraités gagnent une misère, mais ils sont 13 millions (les actifs sont 25 millions) et, par ailleurs, ils concentrent 60% des dépenses de santé. On peut continuer comme cela ou reculer l'âge de la retraite (ce qui suppose par ailleurs de fournir un travail aux actifs qui ne sont plus retraités). Ne pas le faire serait comme continuer à partir en vacances avec les enfants et les grands-parents alors que papa et maman sont au chômage.

Augmenter les recettes. Dans l'absolu, on peut toujours augmenter les impôts mais, à terme, cela asphyxie la croissance économique et détruit de l'activité en France. La concurrence internationale ne touche pas que les entreprises, elle touche aussi voire autant les Etats. Trop d'impôt et la richesse part à l'étranger. Au final, on augmente les taux d'imposition mais on a moins de gens et d'entreprises qui paient. Le résultat est qu'on ne gagne pas plus.
A 44% du PIB, la France est quasiment au sommet de ce qu'elle peut faire : augmenter les impôts ne rapportera pas plus d'argent, cela fera juste fuir la richesse ailleurs. Il ne faut pas croire qu'on peut taxer beaucoup plus les multinationales du CAC 40 : ces boîtes sont multinationales, ce qui signifie justement qu'elles n'ont plus d'attaches en France. Taxez-les et elles localiseront leur siège social au Luxembourg, à Monaco ou dans un autre paradis fiscal. La concurrence fiscale est peut-être le pire fléau de la mondialisation. Réduire les impôts était le pari de Sarkozy qui pensait lui qu'on était déjà au-dessus du point optimal de taxation ; la crise n'a pas permis de vérifier si les recettes fiscales auraient effectivement augmenté.
Augmenter les recettes, c'est aussi améliorer la collecte de l'impôt et lutter contre la fraude. Rendons hommage aux agents de Bercy qui font rentrer l'argent dans les caisses de l'Etat. Ils le font bien, en tout cas, bien mieux que leurs homologues grecs. La marge de gain existe (il reste de la fraude) mais est insuffisante pour combler le trou.

Si l'on se résume, que faut-il faire pour garder notre modèle social ?
- améliorer la compétitivité de nos administrations et services publics
- revenir sur les 35 heures
- revoir le partage des richesses entre les actifs et les retraités
- réduire nos prestations sociales non essentielles (on doit pouvoir gagner un peu sur la santé)

Bref, un vrai programme de droite :-( Cela dit, il existe une autre voie, un programme de gauche, mais il faut pour cela sortir de la mondialisation des échanges (et de la concurrence fiscale), fermer les frontières et vivre en autarcie. On aura sans doute l'égalité et la fraternité, mais probablement plus la liberté...

dimanche 30 octobre 2011

Quelques notions d'économie publique (1)

Les besoins humains (nourriture, habillement, logement, déplacement, loisirs, culture...) sont satisfaits par la consommation de biens et de services, que la société produit à partir du travail de la population et du capital accumulé (machines, savoir-faire...). Les économistes représentent ce phénomène par une « fonction de production » qui écrit que la quantité totale de biens et services produits Q est une fonction des quantités mises en oeuvre de travail L (labor, en anglais) et de capital K (la lettre C étant généralement réservée pour désigner un coût). La forme exacte de cette fonction de production fait débat, (choix des variables elles-mêmes ?, flux/stocks ?, progrès technique ?, statique/dynamique ?, courbure locale ?, propriétés asymptotiques ?, valeurs observées des paramètres, etc.), débat qui nourrit les controverses de la pensée économique depuis au moins deux siècles.

Avec une certaine naïveté, la plupart des économistes considèrent généralement la fonction de production sous sa forme statique, arguant qu'il s'agit là de l'état d'équilibre de l'économie si toutes les ressources (travail, capital) sont utilisées à leur plein potentiel : avec des quantités de travail L et de capital K données, combien l'économie peut-elle produire de biens et services Q ? Ou plus précisément, les économistes raisonnent en accroissement : avec une augmentation du travail dL, du capital dK ou de la productivité, de combien augmenterait la quantité produite de biens et de services (ce que les économistes appellent « la croissance potentielle ») ? Raisonner sur une forme fonctionnelle statique (le temps n'est pas un paramètre), c'est ignorer que le système économique est un système dynamique, qui peut connaître l’hystérésis ou l'anticipation rationnelle, mais soit !

Les économistes supposent par ailleurs que tout ce qui est produit est consommé puisque la loi de l'offre et de la demande exclut de produire quelque chose que personne ne voudrait acheter. Dans la mesure où Q est une grandeur composite (on ajoute des pommes et des poires, en les pondérant via leur indice de prix observé sur les marchés), même les produits qui ne sont pas consommés (surplus de production invendus) sont en réalité consommés : ils deviennent des déchets qui sont « achetés » et « consommés » par les filières de traitement des déchets (même les filières les plus rudimentaires qui consistent à cacher le tout dans une grande décharge ou à bazarder cela dans un pays pauvre qui n'en demandait pas tant). Dès lors que quelqu'un met en oeuvre un peu de travail et/ou de capital pour transformer quelque chose, ce quelque chose est une production comptabilisée dans Q et mise au compte de la production de l'économie. Admettons.

Voilà pour les données du problème. Passons maintenant à la formulation de ce problème d'économie politique qui agite l'humanité depuis que le monde est monde.

Dans un monde idéal, tel que le rêvent les partisans de la « décroissance », les besoins humains ne sont pas illimités et doivent pouvoir être satisfaits grâce à une quantité finie de travail et de capital. A mesure que la productivité (du travail et du capital) augmente sous l'effet du progrès technique, les quantités de travail et de capital nécessaires pour satisfaire tous ses besoins doivent même se réduire, permettant notamment de libérer du temps d'oisiveté pour la population. Si le travail de 50% de la population suffit à satisfaire tous les besoins, cela fait donc 50% « d'inactifs », soit que ces inactifs sont des jeunes en phase de formation pour prendre ultérieurement la relève des travailleurs actuels, soit que ce sont des vieux désormais trop usés (trop chers?) pour continuer à travailler, soit que ce sont des chômeurs dont la société n'a pas besoin (ce que les économistes appellent le chômage structurel, mesuré par le Nairu).

Bref, dans un monde où les besoins humains sont finis, le travail est inégalement réparti au sein de la population – même si on le partage à tour de rôle entre les individus – ce qui pose un problème de répartition des richesses entre les individus (celui qui ne travaille pas mérite-t-il de recevoir autant que celui qui travaille?) et, par suite, d'incitation à l'effort (pourquoi un individu souhaiterait-il travailler s'il peut bénéficier des richesses produites sans travailler?). Un tel système suppose une foi inébranlable en la solidarité humaine, foi que les régimes communistes du 20ème siècle ont démontré, par leur chute, être un peu exagérée. Il n'en demeure pas moins que cette approche des choses fonctionne à peu près, modulo certains raffinements, et perdure en France dans de nombreux héritages du socialisme : assurance chômage, assurance vieillesse/dépendance, etc.

Qu'à cela ne tienne, puisque le problème vient de la répartition du travail entre les individus, il n'y a qu'à répartir la quantité de travail nécessaire entre tous les individus en âge de travailler. Chacun travaillerait un peu – mettons 4 heures par jour – et recevrait un salaire identique. Certes, mais c'est oublier là les libertés individuelles, puisqu'il faut alors obliger tout le monde à travailler 4 heures par jour et en même temps interdire à ceux qui le veulent (par exemple pour gagner plus) de travailler 8 heures par jour parce qu'ils prendraient le travail d'un autre. On voit que cette tentative de redistribution égalitaire des richesses est vouée à l'échec : il y a forcément des effets d'aubaine pour certains individus et des pertes nettes pour d'autres. Solidarité et liberté individuelle ne font pas bon ménage. Notre belle devise française en prend un coup : liberté, égalité et fraternité ne vont pas de soi simultanément.

L'autre approche, essentiellement opposée à celle des partisans de la « décroissance », est de considérer que les besoins humains sont illimités et qu'il faut viser à produire et consommer toujours plus (pas forcément plus en quantité, mais plus en qualité ou en diversité des produits). Cette assertion a longtemps été vraie en première approximation, tant que la trace humaine sur Terre restait marginale par rapport à l'immensité des ressources naturelles exploitables. Elle est largement mise en doute aujourd'hui même si, dans les faits, elle reste le moteur du système dit capitaliste.

Tant que la société réalise des gains de productivité, il est possible de produire la même chose qu'avant avec moins de ressources et de redéployer une partie du travail et du capital vers la production de nouveaux biens et services, qui prétendument rendront la population encore plus heureuse. Le phénomène n'est pas conscient, organisé, planifié ; il n'est que le résultat de la liberté qu'a chacun d'entreprendre. Par exemple, untel n'est pas satisfait de son boulot, il a une idée pour se mettre à son compte, crée son entreprise et développe un nouveau business qui fait florès. Rien de mal à cela en apparence, pourtant c'est bien la somme de ces comportements individuels qui produit cette « fuite en avant » du système économique vers le « toujours plus ». La dernière crise économique nous interroge sur la soutenabilité d'un tel système.

Alors, croissance ou décroissance ? Individualisme ou solidarité ? Innovation de produits ou innovation de procédés ? Réalisme capitaliste ou utopie socialiste ? Quel modèle choisir ? Faut-il choisir ? De toutes façons, diront certains, les ressources terrestres sont limitées donc in fine c'est la décroissance qui l'emportera. Certes, mais dans combien de temps ? Faut-il pour autant s'y mettre tout de suite alors que la croissance peut encore nous promettre de belles années ?

Au fond, à quoi sert la croissance ? (à suivre)

mercredi 13 juillet 2011

Perdu 185 millions

Fait exceptionnel, la cagnotte n'était pas tombée depuis 15 tirages. Le loto européen, réunissant allemands, anglais, espagnols, français, etc. dans une même ferveur au dieu argent, affichait ce mardi 12 juillet une tirelire au montant record de 185 millions d'euros.

185 millions d'euros ! De quoi se payer un tramway tout neuf (avec la voie et tout, hein) ou éponger la perte abyssale annuelle du transport de fret ferroviaire à la SNCF. Que peut-on bien faire quand on passe, du jour au lendemain, d'un gros SMIC mensuel à 185 millions d'euros de pactole ?

Fair play, les organisateurs avaient annoncé que, si la cagnotte ne tombait pas, ils ne l'augmenteraient pas à l'occasion des prochains tirages. Il paraît que le montant deviendrait sinon indécent. Parce que 185 millions d'euros, ce n'est pas déjà indécent ? Il y a vraiment des gens qui n'ont pas le sens des réalités. Faut dire, à force de manipuler les millions, forcément, ils n'ont plus la même unité de compte que nous.

Bref, le pactole passait sous mes yeux, à portée de main et je n'ai pas gagné. Si seulement j'avais joué, j'aurais peut-être eu une chance, mais non, il a fallu que je fasse ma tête de mule. Qu'est-ce que cela aurait coûté d'entrer dans le premier tabac et de valider un ticket de loto pour l'Euro millions ? Rien en comparaison du gain potentiel (mais certainement plus que mon espérance de gain - il faudra un jour que j'écrive un post sur les probabilités, le risque, l'incertitude et tout ça).

Ainsi, je n'ai même pas joué. Non pas qu'acheter 1, 2, 3 ou même 10 tickets paraissait trop cher, je ne connais pas le coût d'un ticket ! Juste que je n'aurais jamais eu le courage d'entrer chez un buraliste pour demander un ticket de loto. Il y a des trucs parfois, comme ça, qui vous bloquent. Une histoire d'éducation : "non mon fils tu ne joueras pas", "le jeu est un vice répugnant", "il te mettra sur la paille", etc. Entrer chez un buraliste pour acheter un ticket de loto est à peu près aussi pénible pour moi qu'entrer dans une pharmacie acheter une boîte de préservatifs. Je vous laisse imaginer. Pourtant l'un comme l'autre peuvent vous changer la vie !

Et comme une mauvaise nouvelle n'arrive jamais seule, ma boulangerie attitrée a augmenté le même jour ses tarifs de 5 centimes d'euros sur tous les articles de première nécessité : baguette, pain, tordue, croissant, pain au chocolat. Ah si seulement j'avais gagné l'Euro millions ! Remarquez, c'est un peu mesquin d'augmenter les tarifs en plein milieu de la pause estivale, non ? La moitié du quartier est partie se dorer la pilule dans le sud de la France et découvrira, éberluée, à son retour, cette hausse dramatique. Plus de 5%, vous vous rendez compte, ma bonne dame ! 2 fois l'inflation ! Quelle perte de pouvoir d'achat !

Vite une grève en septembre pour faire bonne mesure. Entre le prix du gaz, l'électricité, l'essence, le timbre, et le mois de juillet qui aura eu un temps pourri, il y a trop de raisons de rester bien sagement chez soi alors qu'on pourrait descendre dans la rue réclamer la lune au gouvernement. D'ailleurs, s'il veut se faire réélire...

samedi 19 février 2011

Subprimes

Depuis 2008, on a beaucoup écrit pour expliquer la crise des subprimes. Mais qu'a-t-on fait pour sanctionner les fautifs ? Car il y a bien eu faute... mais de quelques-uns ou de nous tous ?

Petit rappel pour ceux qui n'auraient pas suivi (sinon, passer directement à la fin).
  • Phase 1 : Des ménages (essentiellement aux USA) ont emprunté pour acheter leur maison. Comme ils ne gagnaient pas assez pour obtenir les montants de prêt nécessaires, des banquiers - toujours désireux d'aider leur prochain - ont décidé de leur prêter quand même l'argent, soit bien plus que raisonnable. L'idée étant que, si les ménages ne peuvent plus rembourser, il reste la maison, dont le banquier se fera fort de tirer un bon prix. Dès le départ, le banquier est donc un salaud puisqu'il met sciemment dans la m... des gens en leur promettant la lune. Cela dit, les "clients" ne sont-ils pas également coupables de s'être laissé aller à rêver qu'ils pourraient devenir propriétaires d'un petit pavillon alors qu'ils gagnent à peine de quoi finir le mois sans se priver ?
  • Phase 2 : Effet collatéral de la phase 1, l'immobilier s'est emballé - et oui, quand on augmente artificiellement la demande, cela fait monter les prix. Ironie du sort, l'immobilier devenant de plus en plus cher, de moins en moins de ménages pouvaient s'offrir une maison normalement et ont dû recourir à ces prêts véreux garantis par l'existence même de la maison (voir phase 1). Accessoirement, les professionnels de l'immobilier en ont bien profité, construisant et vendant à tour de bras, tandis que les politiciens se frottaient les mains d'avoir une belle croissance économique tirée par le secteur immobilier. Tout le monde en a profité (même nous européens), mais c'était aussi absurde que de souffler dans un ballon pour essayer de décoller - physiquement, la loi de l'action et de la réaction dit que c'est impossible (NB : le coup de la montgolfière, ça marche autrement mais ce serait trop long à expliquer ici).
  • Phase 3 : Les traders ont fait leur job. Avec le gros paquet de prêts qu'ils avaient accordés, ils ont vendu des produits financiers aux investisseurs du monde entier : les remboursements de prêts servent à rémunérer les placements effectués par les investisseurs. Accessoirement, c'est l'argent placé par les investisseurs que la banque prête elle-même aux ménages. Dans l'histoire, les banquiers ne sont finalement que des intermédiaires entre les ménages emprunteurs et les investisseurs, mais quels intermédiaires ! Schématiquement, le gros paquet de prêts a été découpé et vendu en tranches, chaque tranche contenant un peu de tout : des bons prêts (les primes) et des prêts véreux (les subprimes). En faisant le mélange, on cache un peu les subprimes et on dilue le risque : 10% de défauts de paiement dans une tranche, ce n'est finalement pas si grave, cela fait partie des risques d'investir...
  • Phase 4 : Un jour, suffisamment de gens se sont rendus compte de la supercherie et ont perdu confiance. Les produits financiers achetés par les investisseurs ont perdu leur valeur car plus personne ne croyait que les ménages pourraient rembourser tous leurs emprunts. Les investisseurs ont exigé de récupérer leur argent, au moins ce qui était possible de récupérer, tandis que les ménages ne pouvaient rembourser tout ce qu'ils devaient. D'où crise des banques, qui faisaient l'intermédiaire entre prêteurs et débiteurs. Mise à la rue des ménages pour revendre les maisons. D'où crise de la consommation, les ménages ayant tout perdu, et crise de l'immobilier, trop de maisons arrivant sur le marché des ventes. D'où crise économique, sauvetage des banques, etc. La suite est connue.

Pour résumer, certains (les ménages, les banquiers, les investisseurs) ont pris trop de risques et certains (les banquiers) se sont chargés de les diffuser dans l'ensemble de l'économie, espérant que la dilution suffirait à les faire passer (c'est le fameux principe de mutualisation des risques par la collectivité, qui permet de baisser le coût des risques idiosyncratiques). Cela a marché tant que tout le monde y a cru. Le krach est arrivé lorsqu'on s'est rendu compte que le prix des produits financiers, des prêts, etc. était différent de leur valeur intrinsèque.

En finance, tout est question d'appréciation du risque : combien vaut tel risque ? Un jour il vaudra beaucoup, le lendemain très peu. Pourtant, ses fondamentaux (probabilité de défaut, conditions de paiement, etc.) n'auront pas changé dans la nuit. Seul compte vraiment ce que pensent les gens. Si tout le monde pense que tel produit risqué vaut 100 et, moi, je pense qu'il vaut 50, qui a raison ? Tant que tout va bien, c'est moi qui ai tort (et le marché me fera perdre de l'argent par rapport aux autres) mais, si demain les gens changent d'avis, c'est moi qui aurai raison (oui, mais trop tard, car tout le monde alors pensera comme moi ou pire).

Dans la crise des subprimes, la faute a été de laisser perdurer des pratiques qui sous-évaluaient le risque. Certains les ont dénoncées mais n'ont pas été entendu (cela arrangeait trop de monde), d'autres se sont tus mais que savaient-ils vraiment ? S'ils savaient parfaitement et se sont tus sciemment, c'est criminel de leur part - comme il est criminel de mettre en danger la vie d'autrui. Mais s'ils n'avaient que des doutes et ont manqué de courage pour affronter l'opprobre (le porteur de mauvaise nouvelle est toujours haï par la société), faut-il leur jeter la pierre ?

En finance, avoir raison contre l'avis de la majorité, c'est avoir tort. Hélas, c'est aussi vrai de la plupart des domaines de notre société : la politique, la morale, le droit, l'histoire, l'environnement...

lundi 24 janvier 2011

Grand Paris

On a déjà beaucoup dit sur ce grand projet pour l'Ile-de-France et sur l'infrastructure emblématique à laquelle il semble désormais réduit par la cristallisation des débats. Projet inutile, projet injuste, projet pharaonique, projet politique, projet néfaste pour l'environnement, projet consommateur d'espaces, accélérateur d'étalement urbain, etc. Ajoutons donc un élément au sujet du désormais fameux "grand huit".

Tous ceux qui critiquent la pertinence d'une nouvelle infrastructure de transport, sous cette forme, avec ce tracé, avec ces choix technologiques et avec cette impasse de financement oublient une chose. On se pose aujourd'hui la question de claquer 25 milliards d'euros (au bas mot) dans un métro automatique. La véritable question est : est-ce bien la manière la plus opportune pour la collectivité de claquer une telle somme ?

De toutes manières, cet argent n'est pas perdu, il profitera à bien des gens, à commencer par les constructeurs et les exploitants du projet, et, en suivant, à toute la population silencieuse qui y trouvera son compte. Veut-on vraiment que cet argent collecté par l'impôt soit redistribué ainsi entre les agents économiques ?

Il est un moyen de répondre à ces questions : le calcul économique. En dépit des toutes ses imperfections méthodologiques, cet outil permet de classer sur une base transparente et objective toutes les manières de dépenser l'argent. Il permet également de calculer qui gagne, qui perd et quelle est l'ampleur des transferts de richesse opérés par tel ou tel projet.

Faisons-donc un peu plus de calcul économique. Cela aura au moins le mérite d'éclairer les débats.

mardi 11 janvier 2011

Plafonner les salaires des grands patrons

Voilà bien le prototype de l'idée démagogique, qui ne coûte rien et rapporte quelques voix supplémentaires. On stigmatise une minorité aux pratiques scandaleuses - et c'est probablement un scandale, du point de vue moral - pour s'attirer les suffrages, ou au moins la bienveillance, de la majorité silencieuse (et probablement envieuse).

Pourtant, l'idée n'est que de la poudre aux yeux. Mettez un plafond sur les rémunérations, les entreprises et leurs conseils d'administration trouveront toujours le moyen de rémunérer considérablement les services de tel ou tel PDG : primes diverses, stock options, bonus, avantages en nature, facilités pratiques, parachutes, garantie de retraite, financement des études des enfants, mise à disposition d'appartement, de domestiques, offres de voyages et de loisirs, etc. Les moyens de contenter quelqu'un sans le rémunérer sont innombrables. L'argent n'est toujours qu'un moyen, pas une fin en soi : il suffit donc d'offrir les fins elles-mêmes puisqu'on ne peut rémunérer plus !

Bref, plafonner les rémunérations des dirigeants ne bridera pas leur niveau de vie incommensu-rablement plus élevé que celui de l'homme de la rue. Cela ne génèrera pas non plus de revenus supplémentaires pour les salariés, car il faudra bien les payer, ces avantages annexes offerts en compensation de la réduction de salaire.

On peut donc tenter de brider non seulement les revenus, mais aussi tous les éléments de "bien-être" des patrons. Soit. Mais il est à craindre qu'une telle disposition, par nature liberticide pour les entreprises et les patrons, paraisse inconstitutionnelle aux yeux des sages (comme feue la taxe carbone, pour ceux qui n'auraient pas compris). Non, à tout prendre, il vaut mieux taxer encore plus que plafonner les revenus (quoique, là aussi, la constitutionnalité puisse être discutée). Au moins, la taxe fera rentrer quelques revenus supplémentaires dans les caisses de l'État (quoique bien maigres à l'échelle du déficit public, car il n'y a pas tant de patrons surpayés que cela et notre déficit est abyssal).

Deux choses encore :
- Plafonner les revenus risque d'inciter nos patrons à exporter leurs services. Dans la concurrence internationale pour les postes de PDG, la loi de l'offre et de la demande joue aussi. Nous risquons donc de nous retrouver, en France, avec des patrons moins doués que leurs homologues étrangers, donc des entreprises peut-être moins aptes à saisir les opportunités que les autres.
- Enfin, quelle est donc cette morale qui nous pousse à vouloir brider les revenus des uns sous prétexte que l'on n'en bénéficie pas soi-même ? Cela me rappelle le premier de la classe que l'on fait tomber dans l'escalier pour se venger du fait qu'il est meilleur que nous. Il n'y a pas à dire, je serais content de gagner des mille et des cents, même si j'aurais quelques scrupules. Tant mieux pour eux, donc. Tant qu'ils n'ont pas l'attitude hautaine et ingrate des premiers de la classe imbus d'eux-mêmes, je ne vois pas de raison de leur en vouloir.

Je ne suis pas grand patron, et je n'aspire pas à le devenir.

vendredi 24 décembre 2010

Le chômage

Fléau de nos sociétés modernes, le chômage est un mal nécessaire, disent les économistes. Ces derniers parlent même de "chômage d'équilibre" et expliquent que, sur un sentier de croissance équilibré de l'économie française, il ne peut en être autrement que de constater un déséquilibre entre l'offre et la demande de travail. Bref, on ne peut rien y faire et, forts de cette caution scientifique, nos politiques semblent avoir abandonné le combat (sauf lorsqu'il concerne directement leur propre fief électoral : un chômeur de plus chez le voisin, ce n'est pas grave, mais un chômeur-électeur de plus chez soi, c'est la fin du monde !).

Avant la crise économique de 2008-2009, le taux de chômage en France était de 7%. Malgré un retour des créations d'emploi en 2010, il s'établit désormais à 9% de la population active (source : France Inter), ce qui signifie que l'économie française a continué à détruire plus d'emplois qu'elle n'en créait. Derrière le constat statistique et l'explication "mécanique" (équilibre offre/demande de travail), se jouent des drames humains et familiaux que notre système de protection sociale peine à résoudre. Être chômeur, même si c'est un mal naturel aux yeux des économistes (bof, c'est tombé sur vous mais, sinon, ç'aurait été quelqu'un d'autre), reste un drame personnel : comment comprendre que l'on est devenu inutile à la collectivité ?

Mauvaise nouvelle, d'aucuns parient sur le fait que le taux de chômage ne retombera pas à 7% dans les années à venir. Trois raisons à cela :
- la crise économique a forcé les entreprises à encaisser le choc en se restructurant (traduction : celles qui ont survécu ont gagné en productivité) de sorte que l'économie française est désormais capable de produire autant avec moins de salariés ;
- la concurrence internationale (produire ailleurs avec des salariés moins chers) n'est pas près de diminuer : tandis que les actuels pays émergents vont concurrencer l'économie française sur des secteurs à valeur ajoutée de plus en plus haute , les pays émergents de demain continueront d'exploiter le segment des produits manufacturés à bas coût salariaux ;
- le vieillissement de la population française entraîne une diminution de la population en âge de travailler, de sorte que, à nombre de chômeurs identique, le taux de chômage sera mathématiquement plus élevé (ah ? c'est donc pour cela qu'ils ont repoussé l'âge de la retraite ?).

Quelles solutions avons-nous ? Je ne sais pas et je me garderais bien de conseiller quoi que ce soit aux économistes de Bercy. On peut toutefois observer plusieurs choses :
- Contrairement au Moyen-Age, on sait maintenant (au moins dans les sociétés dites "avancées") satisfaire l'ensemble des besoins de la population sans faire travailler tout le monde. Peut-on organiser le chômage comme un tour de vacance sociale, d'oisiveté choisie, de contribution à la vie collective non plus sous forme de force de travail ou d'intellect mais sous forme d'affect (création artistique, vie associative, etc.) ?
- Le déficit d'emplois en France serait moins grand si l'on importait moins. Certes, mais faut-il contraindre artificiellement nos importations à baisser ? Est-on prêt à payer plus cher pour la même chose faite sur le territoire national ? Est-on prêt à priver les pays en voie de développement des flux économiques que l'on déverse chaque année sur eux (et dont on espère que, malgré tous les dictateurs et mafieux locaux, une fraction bénéficie quand même à la population) ? Est-on prêt à jouer seul, sans les autres pays, et à se soustraire aux règles de l'OMC et de l'UE en matière de libre échange ? (ah, que n'a-t-on mis en place une taxe carbone européenne !)
- Augmenter l'offre de travail signifie produire plus et vendre plus (présupposé : dans un système ouvert et concurrentiel qui nous empêche de faire régresser la productivité comme aux plus grandes heures du communisme). Est-on capable de vendre plus à la population française (au vu de son pouvoir d'achat et au vu de notre capacité d'innovation pour créer de nouveaux biens et services) ? Est-on capable de vendre plus aux autres pays (au vu de notre coût élevé du travail) ?


Beaucoup de questions, peu de réponses.

Le communisme s'est effondré. Le capitalisme ne perdure que par une fuite en avant (innover toujours, pour vendre toujours plus). Y a-t-il un système qui ne va pas dans le mur ?