mercredi 23 février 2011

Coiffure

N'est-il pas surprenant comme la coiffure peut changer l'impression qu'on a de quelqu'un ?

Lorsqu'elle est partie en vacances, ses longs cheveux noirs étaient noués dans un chignon serré, qui lui faisait comme une grenade en fleur derrière la tête. Le visage fin, aux traits délicatement dessinés, se prolongeait vers l'arrière par un flot de fils d'ébène, plaqués sur les tempes et convergeant en rangs serrés vers ce nœud gordien. La petitesse de la tête n'aurait laissé soupçonner cette chevelure ondoyante qui lui tombait jusqu'aux hanches lorsqu'elle défaisait exceptionnellement son chignon, afin d'aérer un peu les pauvres cheveux maltraités. Avec son visage bien dégagé, elle avait un petit air d'Audrey Hepburn, actrice chic et romantique de mon panthéon féminin.

Depuis qu'elle est revenue de vacances, ses cheveux noirs, s'arrêtant désormais aux épaules, sont déployés de part et d'autre du visage en un casque vaporeux. Avec toujours autant de symétrie, ils encadrent maintenant un regard de jais, une bouche entrouverte et un petit menton volontaire. Par un mystère de l'image, cette tête désormais chargée pousse à baisser les yeux vers une gorge d'albâtre (trop ?) largement découverte. Audrey s'est muée en Cléopatre (Elizabeth Taylor ou Monica Bellucci, au choix selon votre génération), icône sulfureuse et sensuelle de l'imaginaire masculin, femme fatale par excellence.

Du platonique au charnel, n'est-ce qu'une histoire de coiffure ?

samedi 19 février 2011

Subprimes

Depuis 2008, on a beaucoup écrit pour expliquer la crise des subprimes. Mais qu'a-t-on fait pour sanctionner les fautifs ? Car il y a bien eu faute... mais de quelques-uns ou de nous tous ?

Petit rappel pour ceux qui n'auraient pas suivi (sinon, passer directement à la fin).
  • Phase 1 : Des ménages (essentiellement aux USA) ont emprunté pour acheter leur maison. Comme ils ne gagnaient pas assez pour obtenir les montants de prêt nécessaires, des banquiers - toujours désireux d'aider leur prochain - ont décidé de leur prêter quand même l'argent, soit bien plus que raisonnable. L'idée étant que, si les ménages ne peuvent plus rembourser, il reste la maison, dont le banquier se fera fort de tirer un bon prix. Dès le départ, le banquier est donc un salaud puisqu'il met sciemment dans la m... des gens en leur promettant la lune. Cela dit, les "clients" ne sont-ils pas également coupables de s'être laissé aller à rêver qu'ils pourraient devenir propriétaires d'un petit pavillon alors qu'ils gagnent à peine de quoi finir le mois sans se priver ?
  • Phase 2 : Effet collatéral de la phase 1, l'immobilier s'est emballé - et oui, quand on augmente artificiellement la demande, cela fait monter les prix. Ironie du sort, l'immobilier devenant de plus en plus cher, de moins en moins de ménages pouvaient s'offrir une maison normalement et ont dû recourir à ces prêts véreux garantis par l'existence même de la maison (voir phase 1). Accessoirement, les professionnels de l'immobilier en ont bien profité, construisant et vendant à tour de bras, tandis que les politiciens se frottaient les mains d'avoir une belle croissance économique tirée par le secteur immobilier. Tout le monde en a profité (même nous européens), mais c'était aussi absurde que de souffler dans un ballon pour essayer de décoller - physiquement, la loi de l'action et de la réaction dit que c'est impossible (NB : le coup de la montgolfière, ça marche autrement mais ce serait trop long à expliquer ici).
  • Phase 3 : Les traders ont fait leur job. Avec le gros paquet de prêts qu'ils avaient accordés, ils ont vendu des produits financiers aux investisseurs du monde entier : les remboursements de prêts servent à rémunérer les placements effectués par les investisseurs. Accessoirement, c'est l'argent placé par les investisseurs que la banque prête elle-même aux ménages. Dans l'histoire, les banquiers ne sont finalement que des intermédiaires entre les ménages emprunteurs et les investisseurs, mais quels intermédiaires ! Schématiquement, le gros paquet de prêts a été découpé et vendu en tranches, chaque tranche contenant un peu de tout : des bons prêts (les primes) et des prêts véreux (les subprimes). En faisant le mélange, on cache un peu les subprimes et on dilue le risque : 10% de défauts de paiement dans une tranche, ce n'est finalement pas si grave, cela fait partie des risques d'investir...
  • Phase 4 : Un jour, suffisamment de gens se sont rendus compte de la supercherie et ont perdu confiance. Les produits financiers achetés par les investisseurs ont perdu leur valeur car plus personne ne croyait que les ménages pourraient rembourser tous leurs emprunts. Les investisseurs ont exigé de récupérer leur argent, au moins ce qui était possible de récupérer, tandis que les ménages ne pouvaient rembourser tout ce qu'ils devaient. D'où crise des banques, qui faisaient l'intermédiaire entre prêteurs et débiteurs. Mise à la rue des ménages pour revendre les maisons. D'où crise de la consommation, les ménages ayant tout perdu, et crise de l'immobilier, trop de maisons arrivant sur le marché des ventes. D'où crise économique, sauvetage des banques, etc. La suite est connue.

Pour résumer, certains (les ménages, les banquiers, les investisseurs) ont pris trop de risques et certains (les banquiers) se sont chargés de les diffuser dans l'ensemble de l'économie, espérant que la dilution suffirait à les faire passer (c'est le fameux principe de mutualisation des risques par la collectivité, qui permet de baisser le coût des risques idiosyncratiques). Cela a marché tant que tout le monde y a cru. Le krach est arrivé lorsqu'on s'est rendu compte que le prix des produits financiers, des prêts, etc. était différent de leur valeur intrinsèque.

En finance, tout est question d'appréciation du risque : combien vaut tel risque ? Un jour il vaudra beaucoup, le lendemain très peu. Pourtant, ses fondamentaux (probabilité de défaut, conditions de paiement, etc.) n'auront pas changé dans la nuit. Seul compte vraiment ce que pensent les gens. Si tout le monde pense que tel produit risqué vaut 100 et, moi, je pense qu'il vaut 50, qui a raison ? Tant que tout va bien, c'est moi qui ai tort (et le marché me fera perdre de l'argent par rapport aux autres) mais, si demain les gens changent d'avis, c'est moi qui aurai raison (oui, mais trop tard, car tout le monde alors pensera comme moi ou pire).

Dans la crise des subprimes, la faute a été de laisser perdurer des pratiques qui sous-évaluaient le risque. Certains les ont dénoncées mais n'ont pas été entendu (cela arrangeait trop de monde), d'autres se sont tus mais que savaient-ils vraiment ? S'ils savaient parfaitement et se sont tus sciemment, c'est criminel de leur part - comme il est criminel de mettre en danger la vie d'autrui. Mais s'ils n'avaient que des doutes et ont manqué de courage pour affronter l'opprobre (le porteur de mauvaise nouvelle est toujours haï par la société), faut-il leur jeter la pierre ?

En finance, avoir raison contre l'avis de la majorité, c'est avoir tort. Hélas, c'est aussi vrai de la plupart des domaines de notre société : la politique, la morale, le droit, l'histoire, l'environnement...

dimanche 13 février 2011

Golf

Grand soleil sur la plaine icaunaise. L'azur profond contraste avec la blancheur de la forêt en hivernage. Hêtres, chênes lièges, pins, les essences clairsemées offrent peu d'abri au promeneur aveuglé par la réverbération des feuilles mortes. Quelques oiseaux croient déjà au printemps revenu, et l'on entend fouir ici et là dans les buissons. Un clocher lointain sonne l'heure : voici venu le temps du dandy destructeur.

Annoncé par le cliquetis mécanique des outils qu'il porte sur le dos, il foule d'un pas gaillard la nappe verte qui coule devant lui, entre la lignée des arbres. Tee en terre, deux ou trois moulinets des bras, le voici fin prêt pour une énorme gratte au trou numéro 1. Seul au monde, avec pour seuls spectateurs les rayons qui dardent son dos musclé, il est un peu fébrile : on ne joue pas pour la galerie, on joue pour soi. Du premier coup jusqu'au dernier, le seul juge est soi-même. Sera-t-il à la hauteur cette fois-ci ?

Dans une rotation majestueuse et souple, le club s'élève, se stabilise au-dessus de la tête, puis repart à toute berzingue vers le sol. La frappe, compacte et puissante, propulse la balle dans une parabole interminable. Le bruit parfait, la sensation jouissive d'avoir trouvé le sweet spot. "Nice shot", songea-t-il, imaginant un murmure d'admiration courant parmi la foule rassemblée derrière lui. Mais voici que la balle, encore suspendue en l'air, commence à tourner, irrémédiablement, vers le côté obscur de la forêt. "Et merde, ça commence bien", songea-t-il de nouveau. Toc... tac... toc... un arbre, puis deux, une branche tombe. Ce n'est pas encore aujourd'hui qu'il jouera comme un champion.

Avec lenteur, le golfeur remballe sa quincaillerie, endosse son harnachement et, pris d'un secret espoir, s'engage en direction de la forêt. O magie, ô miracle divin, alleluia, merci sainte Gudule, la balle est sauve ! Reposant tranquille en bordure de forêt, sur un lie impeccable, avec même un semblant d'ouverture pour attaquer le green. Il y a décidément un dieu pour les manchots.

Oublieux de son piètre coup précédent, notre homme analyse son nouvel objectif : environ 150 m jusqu'à l'entrée du green, en sortant bas sous les branches d'arbre, en direction du bunker de droite, puis léger hook pour revenir vers le drapeau et, enfin, faire s'arrêter la balle sur moins de 10 m parce que, bon, derrière le green, il y a de l'eau. A n'importe lequel de ses partenaires de jeu, il aurait conseillé un petit coup de dégagement, pour revenir sur le fairway et se laisser une attaque de green au pitching wedge mais là, non, la sage raison et le bon sens sont inopérants sur ce cerveau imbibé d'adrénaline : il faut qu'il tente le coup impossible.

Armé d'un fer 5 et de toute sa force brute, il tape et tope la balle, qui part à ras de terre comme une fusée. Quelques ondulations du terrain freinent sa course inexorable vers le bunker, qu'elle frôle tout juste avant de prendre une petite pente droite-gauche et de revenir en roulant vers le green. "Quel coup de merde !" pense-t-il, "pas du tout ce que je voulais faire", sans songer un seul instant que le résultat est peut-être au-delà même de ses espérances. Jamais content ! Pour un vrai golfeur, il n'y a pas que le résultat qui compte, la manière aussi.

Arrivé sur le green, la balle attend à 1 mètre du trou, qu'on veuille bien la pousser au fond. Ce qui ne lui prendra qu'un coup. Birdie ! Jamais il n'aura commencé aussi bien une partie de golf mais, non, notre golfeur n'est pas content. Après deux coups ratés, mérite-t-il vraiment ce score ? Rentrer la balle en 3 coups, c'est presque frustrant : on n'en a pas pour son argent. Ronchonnements, jérémiades et protestations intérieures contre lui-même et son satané swing qui ne marche pas. Au fond, il est bien heureux tout de même de s'en tirer à si bon compte avec, en prime, une histoire qu'il pourra largement enjoliver, une fois rentré au bar.

Bon, c'est pas tout ça, mais il reste encore 17 trous pour améliorer les choses...

mardi 8 février 2011

Croisé dans la rue...

... un type accroché à son portable : "... Non mais arrête avec les chaussettes. D'toutes façons, ma mère les mélangeait tout le temps. Elle disait qu'une chaussette était une chaussette... J'en ai jamais eu deux pareilles..." (bah, ça lui fera les pieds)

C'est fou ce qu'on peut dire d'inintéressant au téléphone. Quand je pense que certains prédisaient à Graham Bell que son invention n'aurait jamais de succès : "mais que voulez-vous que les gens se racontent avec votre engin ?"

C'est fou ce qu'on peut avoir l'air c... à parler comme cela dans le vide. Et les passants, obligés d'avoir l'air faux, à ignorer cet échalas qui parle à la cantonade sans s'adresser à eux pour autant. Faudrait pas avoir l'air indiscret.

L'indiscrétion malgré soi, c'est répréhensible ?

samedi 5 février 2011

Fatigue

23h.
Fin de semaine.
Journée active, mais pas plus que d'autres. La fatigue gagne. Une douce léthargie descend dans chacun des membres. Ils semblent lourds à porter, comme lestés du poids des heures. Le cerveau s'encrasse et s'assoupit. Quelques neurones maintiennent un service minimum (merci à eux). Il serait raisonnable de rentrer : on n'a plus 20 ans.

Rentrer. Rentrer chez soi. Se rentrer dans les toiles et laisser tomber sur l'oreiller cette tête si lourde, qui n'en peut plus de ce bourdonnement autour. La voiture. Mauvaise idée, mais bon, on n'a pas le choix. Et puis, vitre ouverte, un peu d'air frais fera du bien. Mais d'abord dire au revoir. Salamalecs, sourires forcés, oui, oui, c'était génial. Une prochaine fois, oui, oui, pourquoi pas ? Au revoir. Dehors. Enfin !

La route. Ni droite, ni sinueuse. Juste nocturne et courte, se découvrant au fur et à mesure, les traits blancs entrant l'un après l'autre dans la lumière des phares. Pas mal, cette soirée. Décidément, A. est toujours aussi jolie. Mais S. qu'est-ce qu'il est con, tout de même. Comment a-t-elle pu l'épouser ? Wouf, un peu chaud ce virage ! Pourtant, on n'est qu'à 70 km/h. Bon, faudrait se concentrer pour arriver en un seul morceau. Allez, il ne reste plus que 12 bornes.

Odyssée nocturne sur la route désertée : la fin au prochain virage ?