dimanche 30 janvier 2011

Quand résonneront les matins clairs

Quand résonneront les matins clairs
Des cavalcades des hussards
Et que tinteront les coups de fer
Dans la clameur des cris barbares,
Je serai là.

Quand s'élèveront les montgolfières
Aux canonnades des fanfares
Et que pleureront les yeux de vair
A la terreur des grands départs,
Je serai là.

Quand s'enchaîneront les pauvres hères
Aux accolades du hasard
Et que supplieront les bouches amères
Avec candeur et désespoir,
Je serai là.

Quand s'étourdiront les peuples frères
Dans la parade des grands soirs
Et que chanteront mille voix légères
Amour, bonheur et chants de gloire,
Je serai là.

Quand s'amenderont les tribus fières
Aux mercuriales des vents noirs
Et que se tairont les grands tonnerres
Dévastateurs devant l'espoir,
Je serai là.

Je serai là.
Dans la guerre et dans l'exploit, dans la misère et dans la joie, je serai là.
Et dans la paix aussi.

Pourquoi ne suis-je là
Ce soir auprès de toi ?

(28 janvier 2001)

lundi 24 janvier 2011

Grand Paris

On a déjà beaucoup dit sur ce grand projet pour l'Ile-de-France et sur l'infrastructure emblématique à laquelle il semble désormais réduit par la cristallisation des débats. Projet inutile, projet injuste, projet pharaonique, projet politique, projet néfaste pour l'environnement, projet consommateur d'espaces, accélérateur d'étalement urbain, etc. Ajoutons donc un élément au sujet du désormais fameux "grand huit".

Tous ceux qui critiquent la pertinence d'une nouvelle infrastructure de transport, sous cette forme, avec ce tracé, avec ces choix technologiques et avec cette impasse de financement oublient une chose. On se pose aujourd'hui la question de claquer 25 milliards d'euros (au bas mot) dans un métro automatique. La véritable question est : est-ce bien la manière la plus opportune pour la collectivité de claquer une telle somme ?

De toutes manières, cet argent n'est pas perdu, il profitera à bien des gens, à commencer par les constructeurs et les exploitants du projet, et, en suivant, à toute la population silencieuse qui y trouvera son compte. Veut-on vraiment que cet argent collecté par l'impôt soit redistribué ainsi entre les agents économiques ?

Il est un moyen de répondre à ces questions : le calcul économique. En dépit des toutes ses imperfections méthodologiques, cet outil permet de classer sur une base transparente et objective toutes les manières de dépenser l'argent. Il permet également de calculer qui gagne, qui perd et quelle est l'ampleur des transferts de richesse opérés par tel ou tel projet.

Faisons-donc un peu plus de calcul économique. Cela aura au moins le mérite d'éclairer les débats.

jeudi 20 janvier 2011

Chaussures

Quelle est donc cette coquetterie qui pousse à attacher autant d'importance à des articles pour habiller les pieds ? Qu'on s'entende bien, le confort, la robustesse, l'adhérence, etc. sont souvent des qualités désirables pour des chaussures, qui sont d'abord des "vêtements" fonctionnels. On ne tient debout que par ses pieds. Mais l'élégance, le look, le style ?

Pourquoi accorder une telle attention à l'apparence des chaussures ? Contrairement aux idées reçues, ce travers n'est d'ailleurs pas l'apanage des femmes. Beaucoup d'hommes n'y échappent pas. Il suffit de voir la cohue à l'occasion des soldes chez les grands chausseurs. Nombre de recruteurs vous diront également que les chaussures sont un élément de la tenue vestimentaire parmi ceux regardés en premier lors d'un entretien d'embauche : nul besoin de tenter votre chance, si vous arrivez avec les chaussures sales ou élimées.

Bref, pourquoi ce souci de la chaussure ?

Certains diront que c'est par là que l'homme se distingue de l'animal. La chaussure est l'intermédiaire qui vous isole du sol et vous extrait de la fange où pataugent les bêtes. La chaussure est la décoration du pied, celle qui embellit et magnifie l'appendice oblong qui nous sert de reposoir sur cette terre. La chaussure est le détail suprême de l'élégance, sans lequel nul n'est jamais complètement, de la tête aux pieds, bien habillé.

D'autres diront que la propreté du soulier est signe d'un souci de soi jusqu'aux plus sales des extrémités, jusqu'aux plus banals de nos membres. Que la qualité de la chaussure témoigne de la conscience que l'on a de son corps, de ce refus de la négligence qui caractérise les êtres à la dérive. Que la beauté de l'escarpin est d'abord un plaisir pour les yeux, pour les siens et pour ceux d'autrui : bien se chausser est une marque d'attention envers nos interlocuteurs (et une source de confiance en soi - ne regarde-t-on pas ses pieds quand la situation devient embarrassante ?).

Résultat, combien d'hommes et de femmes craquent pour des chaussures qui leur plaisent mais leur font mal aux pieds ? Combien souffrent le martyre pour avoir choisi une paire de belles chaussures plutôt qu'une paire de bonnes chaussures ?

Vive les charentaises !

dimanche 16 janvier 2011

Événements en Tunisie

La révolution de Jasmin, comme on l'appelle désormais. Ou comment une insurrection populaire aux motifs économiques est en train de transformer un pays. Pour le meilleur... ou pour le pire.

Je ne connais pas la Tunisie (une semaine de vacances, de Tunis à Tozeur, n'est pas connaître) mais je connais des Tunisiens. Ils sont secoués, mais ils sont lucides.

A l'origine des insurrections, le chômage terrible qui frappe une population bien éduquée (si vous voulez devenir dictateur, n'investissez pas dans l'éducation : les brebis ignorantes sont toujours plus dociles). La crise économique de 2008-2009 est passée par là. Sous-traitant de l'Europe, la Tunisie a souffert du ralentissement de la consommation des européens. Dans le même temps, elle subit de plein fouet la concurrence de pays asiatiques qui offrent désormais des coûts salariaux plus bas. Enfin, la corruption rampante a bridé l'entrepreneuriat : pourquoi chercher à développer son entreprise si la réussite doit obligatoirement passer par un partage des bénéfices avec la famille dirigeante ?

Investir dans l'éducation n'était pas une mauvaise idée du gouvernement : pour préparer le pays à la transition économique et produire sur des créneaux à plus forte valeur ajoutée. Laisser la belle-famille (Mme Ben Ali and co) poser son emprise sur l'économie était en revanche une énorme erreur. Les Tunisiens n'ont pas le sang-chaud, ils acceptent depuis des années une dictature "éclairée". Mais l'injustice et la corruption sont allées cette fois beaucoup trop loin.

La suite n'est que le scénario classique d'un régime qui vacille : manifestations, répressions, exactions, contagion populaire, division des forces de l'ordre, débandade du pouvoir, incertitude. Seule nouveauté dans le scénario, le rôle des "nouvelles technologies de l'information et de la communication" : internet comme source d'information, de multiples blogs comme lieux du bouillonnement idéologique populaire et le téléphone portable comme moyen d'organisation des "événements" (avec, en prime, l'option photo ou film pour rendre compte ensuite sur internet et l'option 3G pour la mise en ligne instantanée). Pour preuve, allez voir la page Wikipedia consacrée à la révolution de jasmin : mise en ligne le 15/01 à 23h, jamais une révolution n'était entrée aussi vite dans une encyclopédie !

Ben Ali a fui comme un malpropre, sans demander son reste. Gageons qu'il ne reviendra pas. Reste à savoir ce que deviendra ce pays. Supportera-t-il le choc de la démocratie ? Le choc des voix discordantes, jusqu'ici muselées par la répression, qui demain s'affronteront sur l'échiquier politique, si pas dans la rue ?

samedi 15 janvier 2011

Nolwenn Leroy

Avez-vous remarqué comme la jeune femme a changé depuis 2002 ?

Alors que la France la découvre dans la Star Ac' 2, elle semble à peine sortie de l'adolescence, avec encore cette sensibilité à fleur de peau qui fait la fragilité et la violence de toutes les adolescentes idéalistes et naïves. Huit ans plus tard, elle semble désormais une jeune femme accomplie, épanouie et sereine. En pleine possession de son existence et sûre de son charme (et n'hésitant pas à en jouer pour compenser parfois un défaut de voix).

A quoi, à qui, doit-on cette transformation ? Peu importe, cela fait plaisir de la voir ainsi. Avec une étincelle de bonheur au fond des yeux, au lieu de cette lueur de souffrance intérieure que l'on entrevoit chez trop d'autres jeunes chanteuses propulsées par la télé-réalité ou le star-système. Les hommes apprécieront.

D'autant qu'elle affiche une ressemblance de plus en plus frappante avec une certaine Sophie Marceau au même âge...

mardi 11 janvier 2011

Plafonner les salaires des grands patrons

Voilà bien le prototype de l'idée démagogique, qui ne coûte rien et rapporte quelques voix supplémentaires. On stigmatise une minorité aux pratiques scandaleuses - et c'est probablement un scandale, du point de vue moral - pour s'attirer les suffrages, ou au moins la bienveillance, de la majorité silencieuse (et probablement envieuse).

Pourtant, l'idée n'est que de la poudre aux yeux. Mettez un plafond sur les rémunérations, les entreprises et leurs conseils d'administration trouveront toujours le moyen de rémunérer considérablement les services de tel ou tel PDG : primes diverses, stock options, bonus, avantages en nature, facilités pratiques, parachutes, garantie de retraite, financement des études des enfants, mise à disposition d'appartement, de domestiques, offres de voyages et de loisirs, etc. Les moyens de contenter quelqu'un sans le rémunérer sont innombrables. L'argent n'est toujours qu'un moyen, pas une fin en soi : il suffit donc d'offrir les fins elles-mêmes puisqu'on ne peut rémunérer plus !

Bref, plafonner les rémunérations des dirigeants ne bridera pas leur niveau de vie incommensu-rablement plus élevé que celui de l'homme de la rue. Cela ne génèrera pas non plus de revenus supplémentaires pour les salariés, car il faudra bien les payer, ces avantages annexes offerts en compensation de la réduction de salaire.

On peut donc tenter de brider non seulement les revenus, mais aussi tous les éléments de "bien-être" des patrons. Soit. Mais il est à craindre qu'une telle disposition, par nature liberticide pour les entreprises et les patrons, paraisse inconstitutionnelle aux yeux des sages (comme feue la taxe carbone, pour ceux qui n'auraient pas compris). Non, à tout prendre, il vaut mieux taxer encore plus que plafonner les revenus (quoique, là aussi, la constitutionnalité puisse être discutée). Au moins, la taxe fera rentrer quelques revenus supplémentaires dans les caisses de l'État (quoique bien maigres à l'échelle du déficit public, car il n'y a pas tant de patrons surpayés que cela et notre déficit est abyssal).

Deux choses encore :
- Plafonner les revenus risque d'inciter nos patrons à exporter leurs services. Dans la concurrence internationale pour les postes de PDG, la loi de l'offre et de la demande joue aussi. Nous risquons donc de nous retrouver, en France, avec des patrons moins doués que leurs homologues étrangers, donc des entreprises peut-être moins aptes à saisir les opportunités que les autres.
- Enfin, quelle est donc cette morale qui nous pousse à vouloir brider les revenus des uns sous prétexte que l'on n'en bénéficie pas soi-même ? Cela me rappelle le premier de la classe que l'on fait tomber dans l'escalier pour se venger du fait qu'il est meilleur que nous. Il n'y a pas à dire, je serais content de gagner des mille et des cents, même si j'aurais quelques scrupules. Tant mieux pour eux, donc. Tant qu'ils n'ont pas l'attitude hautaine et ingrate des premiers de la classe imbus d'eux-mêmes, je ne vois pas de raison de leur en vouloir.

Je ne suis pas grand patron, et je n'aspire pas à le devenir.

jeudi 6 janvier 2011

Blog

Blog. Diminutif de l'anglais "web log", obtenu par liaison des deux mots, puis aphérèse.

Web log. Littéralement, journal sur la toile (la toile d'araignée qu'est le "world wide web", le "ouaib" quoi !).

Web log, journal sur la toile (i.e. disponible en ligne). Pourquoi donc tenir un journal lisible par tous ou, du moins, par de nombreux internautes ? Nous ne sommes pas journalistes, que je sache ! Quelle pulsion pousse donc à se répandre sur le web, souvent en discours futiles et réflexions stériles ? Nous n'avons pas (sauf exception) de talent journalistique (ça se saurait), pas plus que nous n'aimerions voir un journal intime, renfermant nos pensées les plus secrètes (et honteuses ?), lu par tout le monde (et par certaines personnes en particulier).

Alors, est-ce l'anonymat du lectorat qui désinhibe les blogueurs ? Ou l'espérance d'une vaine célébrité de plume, pardon, de clavier ? Ou, d'une manière plus subtile et complexe, la recherche d'une forme d'expression catharsique censée nous libérer des frustrations, obsessions et contritions en tous genres de la vie quotidienne ? L'écriture (via un blog) comme thérapie psychique.

Web log. Journal sur la toile ou journal de la toile (i.e. racontant des choses du web) ? Probablement les deux à la fois. On commence un blog pour écrire des choses lisibles par tous via internet, puis on en vient progressivement à écrire sur les contenus que l'on a vus en ligne. Car, finalement, pour un blogueur en quête de lectorat (alors quelles sont mes statistiques de fréquentation aujourd'hui ?), le seul contenu intéressant les internautes est celui du web. Transformer son blog en miroir du web, renvoyer un écho sélectif et déformé du bruit permanent de la toile, n'est-ce pas la solution de facilité pour s'attirer des lecteurs en ligne ? Des "web readers", des "breaders" par liaison des deux mots, puis aphérèse...

lundi 3 janvier 2011

Conférence post-mortem

"La conférence prévue le 25 janvier par Monsieur X. est reportée en raison du décès du conférencier."

C'était une conférence sur la vie dans l'au-delà ?

dimanche 2 janvier 2011

Evoluer

Évoluer, c'est changer d'état, passer d'une situation à une autre. Lorsque la situation s'améliore, on parle généralement de progrès (progrès technologique, progrès social, progrès dans la santé d'un individu...). Lorsqu'elle se détériore, l'évolution est une régression.

On ne peut juger du bienfait d'une évolution sans définir un critère de valorisation (quelle utilité m'apporte la nouvelle situation ? est-ce que mon bien-être s'est accru ?). Le progrès technique, longtemps considéré comme indiscutablement positif, est aujourd'hui mis en doute en tant que progrès social. Le progrès est-il toujours un progrès ? Rétrospectivement, probablement pas, car nos jugements de valeur ont changé. L'asservissement de nos sociétés à la technologie et l'oubli subséquent de la nature sont, pour certains, une régression.

L'être humain n'aime pas les régressions. Évoluer oui, mais pas en moins bien. Voyez ces adolescents qui refusent de mûrir, ces femmes qui refusent de vieillir, ces bourgeois accrochés à leur statut social, ces actionnaires à leurs dividendes, ces artistes à leur notoriété, ces politiciens à leurs mandats électoraux, ces catégories socio-professionnelles à leurs privilèges. Voyez ces nantis qui refusent de payer pour les pauvres, ces populations qui refusent de partager avec les immigrés, ces libertaires qui refusent l'aliénation de « leurs droits ». Tous ces individus qui refusent une détérioration même infime de leur bien-être : autant de conservateurs en puissance, autant de freins à la réforme, autant d'opposants à l'évolution du monde.

Malheur à qui veut changer l'ordre établi, car il mécontentera forcément quelqu'un, l'un de ses « conservateurs en puissance » qui ne trouvera pas son compte dans l'évolution envisagée. C'est ainsi que, depuis 25 ans, la France n'évolue plus, qu'elle s'engourdit dans un carcan passéiste au nom du « ça marchait bien avant, y a pas de raison de changer ». Plus nos politiciens parlent de réforme, moins les choses bougent. Jusqu'au jour où la réalité du monde fera voler en éclat toute cette belle ouvrage arc-boutée sur ses avantages acquis.

Alors, si l'on peut formuler un vœu pour 2011 : tâchons d'évoluer ! Apprenons à évoluer. Sachons identifier nos principes et valeurs essentiels, conditions sine qua non de la France de demain (Que met-on dans le contrat social ? Liberté, égalité, fraternité ?). Sachons abandonner les faux-semblants érigés en principes par des années de conservatisme aveugle (Par exemple, le salaire minimum garanti est-il un droit intangible ? Non. Mais les moyens d'une vie digne pour chacun en sont bien un. Le salaire minimum garanti est un artifice pour tenter de respecter ce principe mais, s'il entrave la compétitivité économique, peut-être doit-on en imaginer de plus efficaces). Enfin, imaginons une France construite sur ces principes intangibles et réalisons-là.

En un mot : évoluons !